Bienvenue au cœur du Béarn, dans un des plus beaux et pittoresques vignobles de France, au pied des Pyrénées et de l’impressionnant Pic du Midi d’Ossau. C’est ici, sur les collines verdoyantes de La Chapelle de Rousse, couvertes de vignes en terrasses, que Jean-Marc Grussaute écrit aujourd’hui les pages les plus passionnantes de l’histoire des vins de Jurançon !
C’est pourtant par accident que Jean-Marc, qui se passionne à l’époque davantage pour les terrains de rugby que pour la vigne, va plonger dans le grand bain de la viticulture et du vin. Le décès prématuré de son père, alors qu’il est encore adolescent, l’amène à réorienter sa vie, persuadé qu’il est de son devoir de prendre la succession paternelle. Il embraye donc rapidement vers des études viti-œnologiques à Bordeaux avant de rejoindre sa mère, à la petite propriété familiale du Camin Larredya. Le début d’une histoire qui va mener Jean-Marc, après 30 années passées à comprendre et sublimer, dans ses vins, les terroirs de Jurançon, dans le cénacle très fermé des vignerons les plus respectés du pays. En moelleux comme en sec, les blancs du Camin Larredya fascinent par leur justesse, leur puissance maîtrisée et leur fabuleuse palette aromatique.
Conscient de l’extraordinaire potentiel de ces terroirs de coteaux, longtemps consacrés à d’autres cultures que la vigne, Jean-Marc poursuit dès la fin des années 1980 un énorme travail de replantation et de revalorisation des sols, entamé par son père dans les années 1970. Après avoir rapidement décidé de se retirer de la coopérative locale, il se lance alors dans de grands travaux de replantation des cépages autochtones, en sélection massale : petit et gros manseng bien sûr, mais aussi des variétés moins courantes comme le petit courbu, le camaralet ou le lauzet.
A la fin des années 1990, Jean-Marc va également s’engager sur la voie du bio et de la bio-dynamie : sa rencontre avec deux jeunes vignerons qui font alors bouger les lignes dans le Sud-Ouest, Elian Da Ros et Mathieu Cosse, se révèlera déterminante. Quittant une approche certes très aboutie mais un peu académique de la vinification, Jean-Marc comprend qu’il doit faire pleinement confiance à son terroir et son raisin. Ses méthodes de vinification se libèrent de tout artifice et deviennent de moins en moins interventionnistes. Bien sûr, en parallèle, il redouble d’attention et de travail à la vigne. Il est désormais convaincu que seule une approche centrée sur la santé du sol et la vitalité de la vigne permettra à ses vins d’atteindre cette harmonie et cet équilibre qui les font briller dans le temps. C’est véritablement en jardiniers que Jean-Marc et sa petite équipe soignent chaque pied de vigne pour qu’il donne le raisin parfait, celui capable d’exprimer avec sincérité et précision toutes les qualités et l’identité de son terroir. Labour léger des sols, enherbement l’hiver, avec quelques légumineuses adaptées, pour favoriser aération et enrichissement en azote, gros travail de palissage dans ce pays au climat doux et humide, ébourgeonnage, application de tisanes de plantes… ici le terme de « jardinier de la vigne » prend tout son sens !
Mais Jean-Marc Grussaute se révèle être aussi un vinificateur (et un dégustateur) tout à fait hors-pair, tant pour les blancs secs que les blancs moelleux ou encore les vins oranges, avec son désormais mythique et rarissime Iranja que nous avons le plaisir de retrouver aujourd’hui sur un rarissime et fascinant millésime 2021. Nul autre que lui parvient à trouver ce parfait équilibre entre richesse et subtilité, densité de matière et énergie en bouche. L’imbrication entre l’expression du fruit, toujours étincelant d’arômes et de saveurs, et la dimension minérale que la vigne puise dans ce millefeuille géologique issu de la poussée des Pyrénées, est admirable.
Après plus de 30 ans passés à chérir ses vignes et sublimer l’identité de chaque terroir et de chaque millésime dans ses vins, Jean-Marc n’a rien perdu de son enthousiasme, de sa soif d’explorer de nouvelles voies et de se lancer de nouveaux défis. Ce fut le cas avec le terroir légendaire du Clos Joliette qu'il a eu la chance de pouvoir apprivoiser en vinifiant les millésmes 2016 et 2017 du précieux elixir. Mais aussi avec son déjà fameux « Costa Blanca », bluffant d’équilibre entre densité et finesse. Un vin qui met à l’honneur un terroir calcaire sans équivalent dans la région, sur les pentes abruptes de Lasseube : sur cette « Côte blanche », le petit manseng, complété des méconnus et ancestraux camaralet et lauzet, se dote d’une intensité minérale, fumée et épicée, et d’une verticalité hors du commun. Une pièce-maîtresse qui s’inscrit déjà au Panthéon des grands blancs de France.
Avec ces millésimes 2023 et 2024, Jean-Marc nous montre encore une fois l’étendue de son talent : solaires ou frais, secs ou humides, précoces (comme 2023) ou plus tardifs (comme 2024), ici les grands millésimes s'enchaînent avec une facilité déconcertante. Une seule ombre au tableau : les caprices de la météo ont eu, ces deux années, des conséquences sensibles sr les rendements finaux, très modestes ici.
Vinifiés en sec ou en moelleux, les vins du Camin Larredya nous racontent les paysages et la culture d’un pays, ils nous racontent aussi la passion d’un vigneron d’exception pour sa terre et ses vignes. Ce « dompteur de pentes », comme l’écrit joliment la journaliste Karine Valentin, n’en finit pas de réinterpréter ces magnifiques paysages verdoyants du piémont Pyrénéen, parvenant à capter leur essence et leur beauté pour mieux les retranscrire dans ses vins. Des vins de lieu et d’émotion qui ont valu à Jean-Marie Grussaute d’être consacré par la Revue du Vin de France comme Le vigneron de l’année 2023, avec ses mots qui nous paraissent parfaitement collé à notre infatigable défenseur de la culture béarnaise : « Il possède ce talent qui forge les plus grands, celui qui lui permet de faire rayonner toute une région. ». On a juste envie de lui dire « Bravo et merci ! ».
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