Pour celles et ceux qui en douteraient encore, le sauvignon est un cépage splendide, à l’expression subtile et nuancée, pourvu qu’il soit bien cultivé, sur des terroirs de premier ordre, et vendangé à parfaite maturité comme au Domaine Vincent Pinard. De grands terroirs, des vignes en parfaite santé, bénéficiant de pratiques culturales guidées par le respect du vivant et la biodynamie, des rendements maîtrisés, des vinifications douces et naturelles, des élevages d’une précision d’horloger : Clément et Florent Pinard affichent aujourd’hui un niveau de maîtrise exceptionnel. En 2023, leurs Sancerres parcellaires tutoient à nouveau les sommets : ils expriment avec une rare précision, toujours beaucoup d’élégance et une sensation de fraîcheur particulièrement bienvenue sur ce millésime, toutes les nuances des grands terroirs de Bué. On aime leur mâche séveuse, tonique et expressive, leur allonge saline guidée par cette expression pleine de vitalité et de relief des calcaires sancerrois.
Loin des caricatures véhiculées par certains vins issus d'un sauvignon pas assez mûr ou trop « technologique », marqués par ce fameux arôme de buis (pour ne pas dire autre chose…), le cépage agit ici comme une véritable courroie de transmission de la subtile variété des terroirs familiaux, plus ou moins marneux, plus ou moins profonds, et souvent très calcaires, marqués par les fameux sols de caillottes omniprésents sur le finage de Bué.
Nous connaissons tous, dans le monde du vin comme ailleurs, des histoires de fratries qui ont finalement mal tourné, entre querelles d’ego, ambitions contradictoires et divergences de vue. Pourtant, quand ça se passe bien, comme chez les frères Pinard, tout paraît plus simple, tout sonne comme une évidence : la répartition des rôles, l’enrichissement par un dialogue permanent, la confiance mutuelle. Cette communion de vue se révèle être un atout fantastique : une communion, une harmonie que Florent et Clément Pinard parviennent à nous transmettre dans leurs vins. Ici, tout n’est qu’équilibre et fluidité.
Les fils de Vincent et Cosette Pinard ont mené encore plus loin la démarche de leurs parents de valorisation et de recherche d’expression identitaire de chaque terroir. Ils sont passés naturellement à une culture biologique et ont patiemment discriminé toutes les parcelles (soit une quarantaine au total) de leurs 17 hectares de vignes pour proposer, in fine, une gamme de blancs parcellaires, à l'identité marquée et parfaitement cohérente. Loin de s’arrêter en si bon chemin, ils n’ont de cesse de se remettre en cause, d’observer encore et encore chaque parcelle, chaque pied de vigne, pour préciser leurs gestes, à la recherche de l’expression la plus pure du fruit et du sol. Soucieux de coller au plus près du végétal, de renforcer ce lien intime, quasi-charnel, avec leurs vignes où ils avouent passer « plus de 90% de leur temps », ils ont également adopté les principes de la biodynamie, une pratique généralisée depuis 2017.
Ils ont aussi été parmi les premiers dans la région à vendanger directement en petites cagettes afin de préserver au maximum l’intégrité du fruit, n’hésitant pas à réaliser jusqu’à 3 passages sur une même parcelle, à la recherche permanente de l’optimum de maturité.
Florent et Clément ont également engagé à la fin des années 2010 (tout comme Louis-Benjamin Dagueneau à Saint-Andelain) un important travail de recherche, avec un laboratoire spécialisé, pour sélectionner les meilleures levures indigènes, présentes sur leurs propres raisins, afin d’affiner les fermentations et de renforcer encore l’identité propre à chaque terroir et à chaque vin. Ils n’ont eu de cesse de perfectionner leurs méthodes d’élevage, dans un souci constant de l’expression la plus juste du fruit et de chaque lieu, privilégiant aujourd’hui cuves tronconiques et demi-muids, sans bois neuf le plus souvent. Ils limitent au maximum l’ajout de sulfite, un intrant qu’ils transforment eux-mêmes au domaine à partir de soufre volcanique totalement naturel… Perfectionnistes et pragmatiques, allant toujours de l’avant, Clément et Florent n'ont pas fini de nous enchanter avec des vins au firmament de la pureté d’expression des grands terroirs sancerrois. Sous l’œil toujours bienveillant de leurs parents…
Si le vignoble sancerrois connaît une succession de millésimes plutôt secs, solaires et précoces (à l’exception notoire de 2021), chaque année offre ses particularités : en fonction de la fréquence des pluies, de l’état des réserves hydriques au moment d’affronter la chaleur estivale, de l’intensité et de la longueur des périodes caniculaires, les vignes réagissent différemment et donnent finalement à chacun de ces millésimes une identité bien à lui. En ce sens, 2023 en étonnera plus d’un par la sensation de fraîcheur et d’énergie qui se dégage des vins, tout en offrant une gourmandise aromatique et un superbe confort de bouche témoignant de la belle maturité du fruit.
Si l’hiver fut marqué par un vrai déficit hydrique, la situation s’est arrangée au début de l’été, en juin puis en juillet, une période qui a vu se succéder pas mal d’averses orageuses permettant de constituer quelques réserves dans les sols et sous-sols du vignoble de Bué. Avant cela, la vigne avait profité d’un printemps particulièrement doux, et même chaud au mois de mai, ayant permis à une floraison précoce de se dérouler dans de bonnes conditions.
Sous l’effet de la chaleur estivale, les acides maliques se sont dégradés assez rapidement. Cependant, la vigne n’a pas eu besoin de puiser dans les acides tartriques, si bien que les jus ont préservé de beaux équilibres acides, de la fraîcheur, tout en développant leurs qualités aromatiques, sous l’effet d’un mois d’août et d’un début du mois de septembre absolument radieux. Les vendanges ont finalement débuté après le 10 septembre, à la suite d’un début de mois quasi-caniculaire. Le temps était estival, permettant d’adapter sereinement le planning aux progressions des maturités dans chaque parcelle et chaque rang.
Par rapport à d’autres millésimes solaires, comme 2018 ou 2022, les équilibres se révélaient plus subtils et frais. Au final, la récolte s’est montrée assez généreuse, avec des raisins mûrs et juteux, aux aromatiques particulièrement gourmandes, expressives, et des degrés d’alcool potentiels optimaux, autour de 13°. Une matière première au fruit parfaitement préservée, et animé d’une imprégnation minérale ciselée, particulièrement fine et incisive cette année.
Encore une fois avec les Sancerres signés Pinard, ce qui frappe le plus, c’est cette sorte d’évidence naturelle qui se dégage de la dégustation : l’évidence d’un équilibre serein entre chair tendre et tension ciselée dans le calcaire, l’évidence du fruit parfaitement mûr, savoureux, juteux et croquant, l’évidence de l’expression intense mais nuancée de chaque terroir, aux accents plus ou moins salins et épicés, l’évidence aussi de la capacité de ces superbes Sancerre à traverser le temps.
Voici deux frères au sommet de leur art, sur un millésime 2023 de toute beauté. Découvrez, en prime, leur tout nouveau Sancerre Florès 2024. C’est un petit bijou de vitalité juteuse, de fruit croquant et tonique, de percussion saline : il nous donne des ailes !
© 2025 La Route des Blancs – Tous droits réservés