Pour celles et ceux qui en douteraient encore, le sauvignon est un cépage splendide, à l’expression subtile et nuancée, pourvu qu’il soit bien cultivé, sur des terroirs de premier ordre, et vendangé à parfaite maturité comme au Domaine Vincent Pinard. De grands terroirs, des vignes en parfaite santé, bénéficiant de pratiques culturales guidées par le respect du vivant et la biodynamie, des rendements maîtrisés, des vinifications douces et naturelles, des élevages d’une précision d’horloger : Clément et Florent Pinard affichent aujourd’hui un niveau de maîtrise exceptionnel. Sur le rare et pourtant difficile à négocier millésime 2024, leurs Sancerres parcellaires tutoient à nouveau les sommets : ils expriment avec une rare précision, toujours beaucoup d’élégance et une sensation de fraîcheur et d’énergie pénétrante, toutes les nuances des meilleurs terroirs de Bué. On aime leur sève, tonique et expressive, leur toucher de bouche délicat, leur allonge saline guidée par cette expression pleine de vitalité et de relief des marnes et des calcaires sancerrois.
Loin des caricatures véhiculées par certains vins issus d'un sauvignon pas assez mûr ou trop « technologique », marqués par ce fameux arôme de buis (pour ne pas dire autre chose…), le cépage agit ici comme une véritable courroie de transmission de la subtile variété des terroirs familiaux, plus ou moins marneux, plus ou moins profonds, et souvent très calcaires, marqués par les fameux sols de caillottes omniprésents sur le finage de Bué.
Nous connaissons tous, dans le monde du vin comme ailleurs, des histoires de fratries qui ont finalement mal tourné, entre querelles d’ego, ambitions contradictoires et divergences de vue. Pourtant, quand ça se passe bien, comme chez les frères Pinard, tout paraît plus simple, tout sonne comme une évidence : la répartition des rôles, l’enrichissement par un dialogue permanent, la confiance mutuelle. Cette communion de vue se révèle être un atout fantastique : on ressent ici une harmonie que Florent et Clément Pinard parviennent à nous transmettre dans leurs vins. Ici, tout n’est qu’équilibre et fluidité.
Les fils de Vincent et Cosette Pinard ont mené encore plus loin la démarche de leurs parents de valorisation et de recherche d’expression identitaire de chaque terroir. Ils sont passés naturellement à une culture biologique et ont patiemment discriminé toutes les parcelles (soit une quarantaine au total) de leurs 17 hectares de vignes pour proposer, in fine, une gamme de blancs parcellaires, à l'identité marquée et parfaitement cohérente. Loin de s’arrêter en si bon chemin, ils n’ont de cesse de se remettre en cause, d’observer encore et encore chaque parcelle, chaque rang, chaque pied de vigne, pour préciser leurs gestes, à la recherche de l’expression la plus pure du fruit et du sol. Soucieux de coller au plus près du végétal, de renforcer ce lien intime, quasi-charnel, avec leurs vignes où ils avouent passer « plus de 90% de leur temps », ils ont également adopté les principes de la biodynamie, une pratique généralisée depuis 2017.
Ils ont aussi été parmi les premiers dans la région à vendanger directement en petites cagettes afin de préserver au maximum l’intégrité du fruit, n’hésitant pas à réaliser jusqu’à 3 passages sur une même parcelle, à la recherche permanente de l’optimum de maturité.
Florent et Clément ont également engagé à la fin des années 2010 (tout comme Louis-Benjamin Dagueneau à Saint-Andelain) un important travail de recherche, avec un laboratoire spécialisé, pour sélectionner les meilleures levures indigènes, présentes sur leurs propres raisins, afin d’affiner les fermentations et de renforcer encore l’identité propre à chaque terroir et à chaque vin. Ils n’ont eu de cesse de perfectionner leurs méthodes d’élevage, dans un souci constant de l’expression la plus juste du fruit et de chaque lieu, privilégiant aujourd’hui cuves tronconiques et demi-muids, sans bois neuf le plus souvent. Ils limitent au maximum l’ajout de sulfite, un intrant qu’ils transforment eux-mêmes au domaine à partir de soufre volcanique totalement naturel… Perfectionnistes et pragmatiques, allant toujours de l’avant, Clément et Florent n'ont pas fini de nous enchanter avec des vins au firmament de la pureté d’expression des grands terroirs sancerrois.
Si le vignoble sancerrois connaît une succession de millésimes plutôt secs, solaires et précoces (à l’exception notoire de 2021 et 2024), chaque année offre ses particularités : en fonction de la fréquence des pluies, de l’état des réserves hydriques au moment d’affronter la chaleur estivale, de l’intensité et de la longueur des périodes caniculaires, les vignes réagissent différemment et donnent finalement à chacun de ces millésimes une identité bien à lui.
Nous vous proposons aujourd’hui de découvrir, avec le magnifique Sancerre Florès, tout le charme et l’éclat fruité d’un millésime 2025 au profil plutôt précoce, solaire, et pourtant parfaitement frais et énergique dans le verre.
Après un automne et un hiver généreusement arrosés, qui ont permis de reconstituer de précieuses réserves hydriques, 2025 s’est rapidement installé sous le signe de la précocité. Un printemps chaud a accéléré le cycle végétatif, avant que le début d’été, plus frais, ne tempère cette avance. L’été, sec et solaire, a finalement donné de petites baies particulièrement concentrées, saines et riches en saveurs.
Dans ce millésime de maturité, le choix de la date de vendange s’est révélé essentiel pour préserver fraîcheur et équilibre. Les plus belles réussites offrent ainsi des vins charnus et profonds, portés par un fruit mûr et expressif, loin des tonalités végétales du sauvignon. Sur les grands terroirs, la richesse naturelle du millésime trouve un précieux contrepoint dans une vivacité crayeuse et minérale. Nous sommes heureux de vous proposer ce délicieux Sancerre Florès, l’un des plus succulents et complexes que nous ayons goûtés depuis longtemps, animé d'une belle imprégnation minérale tonique, ciselée.
Du côté des parcellaires, nous mettons le cap sur le très rare millésime 2024, aux rendements bien faibles, qui a permis de faire parler les grands terroirs dans un registre intense, vibrant, plein d’énergie fruité et de vibration minérale.
2024 restera à Sancerre (et dans de très nombreux vignobles) comme un millésime d’épreuves, de ceux qui révèlent plus que jamais le talent et l’abnégation des vignerons mais aussi la qualité, la force des grands terroirs. Après un débourrement particulièrement précoce, le printemps puis le début d’été, frais et exceptionnellement pluvieux, ont installé une pression considérable du mildiou. Dans les domaines les plus exigeants comme chez les Pinard, tris drastiques et rendements infimes furent le prix à payer pour ne conserver que les plus beaux raisins.
Le mois d’août a finalement apporté une accalmie bienvenue, avec du soleil mais pas d'excès de température. Les binnes amplitudes thermiques, fin août et début septembre, ont permis de parfaire les maturités. Les vins affichent ainsi un profil résolument frais et élancé, porté par des acidités justes, un fruit délicat et une expression plus printanière, chlorophyllienne et minérale, que solaire. Ces cuvées parcellaires ont été produites en quantités minuscules, parfois sur un seul fût. 2024 est clairement un millésime de précision, où l’empreinte du terroir se montre particulièrement lisible et pour lequel la justesse d’interprétation à quatre mains des frères Pinard a vraiment fait la différence. Ils signent quelques-unes des plus belles cuvées du millésime pour toute l'appellation.
Pour compléter les très faibles quantités disponibles en 2024, Clément et Florent nous ont confié les toutes dernières bouteilles d’un millésime 2023 plus généreux, à la fois gourmand et redoutablement précis lui aussi.
Encore une fois avec les Sancerres signés Pinard, ce qui frappe le plus, c’est cette sorte d’évidence naturelle qui se dégage de la dégustation : l’évidence d’un équilibre serein entre chair tendre et tension ciselée dans le calcaire, l’évidence du fruit parfaitement mûr, savoureux, juteux et croquant, l’évidence de l’expression intense mais nuancée de chaque terroir, aux accents plus ou moins salins et épicés, l’évidence aussi de la capacité de ces superbes Sancerre à traverser le temps.
Voici deux frères au sommet de leur art.
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