Récemment encore, la Revue du Vin de France faisait sa Une sur le vignoble mâconnais, n’hésitant pas y voir « le vignoble le plus excitant de Bourgogne ». Guffens, Desjourneys, Verget, Chagnoleau, Forest, Soufrandière, Comte Lafon, Ferret, Denogent et bien d’autres… Il est vrai qu’ici, entre les roches de Solutré et de Vergisson, la liste des vignerons et domaines de premier plan est longue et franchement enthousiasmante !
Parmi eux, il en est un qui nous touche particulièrement, non seulement par la régularité, l’équilibre et l’éclat des vins qu’il propose, mais aussi par leur accessibilité : le Domaine Jacques Saumaize. Une véritable pépite qui a su se tenir à l’écart des modes et de l’emballement médiatique et rester fidèle à un principe sain, essentiel même : faire des vins de lieu et de plaisir, faits pour être bus par le plus grand nombre ! Mâcon, Saint-Véran ou Pouilly-Fuissé, la famille Saumaize nous gratifie d’un millésime 2024 de très haut vol, gorgé d’un fruit pur et généreux et imprégné de sol et de terroir. Une collection qui va vous régaler, à des tarifs très abordables.
L’histoire du Domaine Jacques Saumaize, c’est avant tout l’histoire d’un couple, formé par Jacques et Nathalie, modestes, opiniâtres et passionnés, qui décident à 20 ans à peine de consacrer leur vie à la mise en valeur de ces beaux terroirs mâconnais, coincés entre les roches de Vergisson et de Solutré.
Bien sûr, ils ont la vigne et le vin « dans le sang » : Jacques est un des enfants d’une figure du Mâconnais, Léon Saumaize, à l’origine avec quelques autres de la reconnaissance de l’appellation Saint-Véran, en 1971.
Mais leur histoire vigneronne commence réellement en 1982 lorsque Jacques s’installe à son compte, cultivant 2 hectares de vignes seulement. Avec l’aide de Nathalie, arrivée au Domaine en 1987 avec quelques parcelles dans son escarcelle, les Saumaize vont alors patiemment construire un très joli patrimoine viticole, principalement situé sur les appellations Saint-Véran et Pouilly-Fuissé, largement composé de vieilles vignes. L’aventure ne s'arrête pas là, puisque leur fils Anthony les a rejoints en 2012, après être passé par les vignobles Sud-Africains. Et comme chez les Saumaize, on n’arrive jamais « les mains vides », Anthony a ajouté au patrimoine familial près de 3 hectares de très belles parcelles, du côté de Vergisson, mais aussi en contrebas de la Roche de Solutré, en appellation Pouilly-Fuissé. Et, depuis 2023, la famille est au complet, puisque Lucie, la sœur d’Anthony, a également rejoint le Domaine !
Les Saumaize ont très tôt compris l’intérêt d’élaborer des cuvées parcellaires et de placer le respect de l’identité de chaque terroir en tête de leurs préoccupations : car ici, selon l’exposition, l’altitude, la pente plus ou moins forte, la présence plus ou moins importante d’argiles et de marnes, la structure plus ou moins calcaire et caillouteuse des sols, le chardonnay peut exprimer d’infinies nuances. La diversité des terroirs, dans cette extrémité méridionale de la Bourgogne, est tout bonnement fascinante !
S’ils respectent depuis longtemps les principes d’une culture biologique, limitant les intrants au strict nécessaire, ils ont également testé puis généralisé, depuis 2018, certaines pratiques issues de la biodynamie, à commencer par l’application régulière dans les vignes de préparations dynamisantes, d’origine minérale et végétale. Une pratique dont Jacques et Anthony constatent chaque année les bienfaits en ces temps où la plante a besoin d’être aidée pour bien résister à des conditions climatiques de plus en plus extrêmes. En particulier, avec la succession de périodes de sécheresse caniculaire sur les coteaux de Vergisson ou Solutré.
Au final, les Saumaize ont construit une magnifique gamme de parcellaires, au fruit toujours parfaitement mûr et expressif, et à l’élevage particulièrement bien maîtrisé. Les vins combinent avec justesse et nuances le gras, la densité, que l’on aime dans les blancs du Mâconnais et la finesse minérale, souvent fumée ou épicée, de ces grands terroirs argilo-calcaires. Des vins plébiscités, à juste titre, par tous les amateurs de succulents blancs bourguignons à des prix encore fort raisonnables.
La belle aventure de la famille Saumaize n’est pas prête de s’arrêter, comme en témoigne l’acquisition, en 2015, d’une nouvelle parcelle de Saint-Véran Les Cras mais aussi le classement en 1er Cru de leurs splendides Pouilly-Fuissé La Maréchaude et Sur la Roche… Petit dernier, arrivé en 2022, un superbe Pouilly-Fuissé Les Croux, du nom de ce terroir très calcaire sur les flancs de la Roche de Vergisson, rendu mondialement célèbre par Jean-Marie Guffens. Millésime après millésime, le domaine s’est solidement installé comme une des adresses incontournables du Mâconnais, honoré par le Guide des meilleurs Vins de France (RVF) d’une deuxième étoile amplement méritée.
Venons-en maintenant à ce millésime 2024 particulièrement réussi chez Saumaize, premier millésime certifié en Bio, même si les méthodes culturales biologiques sont ici pratiquées depuis longtemps déjà. Une année pourtant faite d’épreuves et de défis à relever dans les vignes, pendant une bonne partie de la saison. Mais le jeu en valait la chandelle : si les rendements affichaient une baisse sensible par rapport à l’année précédente, les équilibres des jus rappelaient ceux de 2010 et 2014, deux grands millésimes de blancs bourguignons, avec une parfaite combinaison de concentration, de fraîcheur et d’intensité minérale.
L’hiver marqué par une pluviométrie importante et des températures plutôt douces a entraîné une sortie assez précoce des bourgeons, dès la fin mars. Si le temps toujours pluvieux s’est refroidi par la suite, il n’a heureusement pas entraîné de gelées importantes mais seulement un ralentissement de la croissance de la vigne. Ce n’est qu’à la mi-mai que des températures nettement plus élevées se sont installées. Cependant, le temps est resté très humide, entraînant une forte pression du mildiou. Idem pendant la période de floraison, avec des pluies régulières qui n’ont pas facilité les choses. Si bien que les Saumaize ont vite compris que les rendements seraient globalement en-deçà de l’année précédente.
A partir de fin juillet, un temps durablement ensoleillé et beaucoup plus sec s’est installé. Les maturités pouvaient bien progresser, mais de façon différenciée selon les parcelles et les terroirs. Encore une fois cette année, la précision dans la surveillance des maturités et le choix des dates de vendanges étaient un facteur-clé pour réussir ce millésime exigeant. Les premiers coups de sécateurs ont été donnés autour du 10 septembre.
Au final, l’état sanitaire des fruits était bon, tout comme leur intensité aromatique et leurs degrés d’alcool potentiels, entre 12.5 et 13°. Les jus affichaient de belles acidités couplées à la concentration et des expressions minérales affirmées, parfaits reflets de chaque terroir.
Mâcon-Vergisson, Saint-Véran ou Pouilly-Fuissé, les vins se montrent à la fois mûrs et dynamiques, intense. On aime leur aromatique fruitée gourmande, leur belle énergie interne et leur parfaite imprégnation dans les sols, donnant des fins de bouche fuselées, toniques et salivantes, portées par de stimulantes trames épicées et salines. Ils racontent ces terroirs calcaires dans toutes leurs nuances et offrent un éclat réjouissant.
Une telle complexité, une telle profondeur et un tel charme à des prix aussi attractifs : c’est tout bonnement rarissime aujourd’hui en Bourgogne.
A ne manquer sous aucun prétexte.
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