Depuis que Jean-Paul Jamet est revenu à la ferme familiale en 1975 et a planté ses premières vignes en 1981, cette adresse s’est imposée comme la référence absolue de la Côte-Rôtie, faisant consensus aussi bien auprès des experts et critiques que des amateurs de grandes syrahs du Rhône septentrional. Ne nous y trompons pas : sans le flair, la patience et l’abnégation au travail de Jean-Paul Jamet, sans le duo inébranlable qu’il forme aussi depuis de nombreuses années avec Corinne, son épouse, rien de tout cela n’aurait été possible.
Si la réputation du domaine s’est construite sur ses rouges, l’histoire, plus confidentielle, des blancs de cette adresse culte, s’enracine, elle aussi dans les coteaux d’Ampuis, au travers d’un Côtes-du-Rhône de haut vol. Avant de s’étendre, depuis 2015, du côté de l’appellation Condrieu, avec leur désormais incontournable Condrieu Vernillon.
Revenons sur l’histoire de ce monstre sacré du Rhône, dont le premier chapitre débute au milieu des années 1970, à Ampuis. Au début des années 1950, Joseph Jamet, le père de Jean-Paul, est à la tête d’une petite exploitation fruiticole installée du côté du Vallin. À cette époque, la région vit au rythme des arbres fruitiers ; la vigne reste secondaire. Les quelques rangs cultivés par les Jamet sont vendus à une maison de négoce. Les coteaux abrupts, atteignant parfois des pentes de 60 %, rendent le travail particulièrement ingrat.
Lorsque Jean-Paul rejoint la propriété familiale au milieu des années 1970, il voit dans ces pentes vertigineuses une promesse. Autodidacte, persuadé que ces coteaux peuvent devenir un formidable terrain d’expression pour la vigne, il entreprend un patient travail d’observation et de sélection parcellaire. Il conserve les meilleures vignes, en replante d’autres, reconquiert des friches, bâtit des murets de soutènement (les fameux chaillées), plante, aménage, structure. Les premières plantations de syrah débutent en 1981 et s’étalent sur plus de trente ans.
Loin des modes et des radars médiatiques, les Jamet ont bâti ce joyau de toutes pièces, parcelle après parcelle, pierre après pierre, vendange après vendange. Depuis le milieu des années 2010, le temps est venu de la transmission. D’abord avec le fils aîné, Loïc, diplôme viti-œno en poche qui, après des expériences hors de la vallée du Rhône (en Bourgogne en particulier), est revenu au domaine en 2015. Il apprend les pratiques mises en place par ses parents, les assimile, puis les réinterprète à la cave, sous l’œil à la fois exigeant et bienveillant de son père, pour assurer la pérennité du style maison tout en apportant progressivement sa propre touche. C’est ensuite Fanny qui s’implique aussi bien dans le commerce qu’à la vigne, et désormais, Dorian, le « petit dernier ». Chez Jamet, l’histoire s’écrit au présent et au futur. Nous étions encore au Domaine début décembre et à voir l’enthousiasme et l’énergie déployée par toute la famille, nul doute que la flamme n’est pas prête de s’éteindre !
Adresse incontournable s’il en est, le domaine Jamet donne le « la » à Ampuis et bien au-delà. Défendre l’assemblage, refuser les modes, trouver l’harmonie dans la diversité des terroirs : telle est la réalité d’un domaine bâti pour le temps long. Jean-Paul Jamet incarne ainsi l’exemple rare d’un véritable artisan, autodidacte, devenu une figure emblématique du vignoble sans jamais renoncer au sacerdoce du travail à la vigne.
Au cœur de ce temple de la syrah, les cépages blancs trouvent naturellement leur place. Marsanne, roussanne et viognier, complétés d’un peu de grenache blanc, composent un Côtes-du-Rhône blanc issu de parcelles situées autour d’Ampuis (et sur Tupins), sur des sols mêlant schistes et argilo-calcaires. Elles se situent sur les secteurs de Lézardes, Cognet, Plomb, Tartaras et Champrond. Ce vin fut d’emblée conçu comme une autre manière d’exprimer la diversité des terroirs du Rhône septentrional, fidèle à la logique d’assemblage chère au domaine.
L’extension vers Condrieu, en 2015, s’inscrit dans cette continuité. Après l’acquisition d’environ un hectare sur les lieux-dits Vernon et Côte Châtillon, c’est Loïc, le fils aîné, qui a pris les rênes de cette nouvelle aventure, en échange constant avec son père. De la contraction de ces deux noms de terroirs est né le Condrieu « Vernillon ». Les vignes, plantées sur des coteaux granitiques escarpés, bénéficient d’expositions favorables au viognier. Le sol, pauvre et drainant, oblige la plante à s’enraciner profondément, donnant naissance à des vins où l'éclat aromatique se trouve soutenu par une trame minérale précise et des structures de bouche à la fois tactiles, effilés et toniques.
Comme sur les rouges, rien n’est mécanisable. Le travail demeure intégralement manuel. La recherche de maturité est conduite avec la même exigence, les vendanges nécessitant souvent plusieurs passages afin que chaque grappe atteigne son point d’équilibre. La culture s’inspire des principes biologiques, restant très attentive aux équilibres des sols, à leur vitalité.
En cave, la même philosophie de précision prévaut, avec une attention particulière portée aux contenants, notamment depuis le retour de Loïc. Fort d’expériences en Bourgogne, dans le Var mais aussi en Afrique du Sud, il apprend les pratiques mises en place par son père, les assimile, puis les réinterprète sous l’œil exigeant et bienveillant de Jean-Paul. Pour les blancs, il diversifie progressivement le choix des contenants d’élevage. Selon les millésimes et les équilibres recherchés, les vins peuvent évoluer en cuves inox ou béton, afin de préserver fraîcheur et pureté aromatique, en fûts utilisés avec retenue pour apporter structure et profondeur, mais aussi en jarres de grès favorisant une micro-oxygénation douce (leur usage est désormais généralisé pour le Condrieu), ou encore en œufs béton dont la forme accompagne naturellement le mouvement des lies et affine la texture des vins.
Chaque parcelle est vinifiée séparément avant une mise en masse, fidèle à la méthode historique du domaine. L’assemblage demeure un pilier : il permet d’unir les différentes expressions du terroir et des contenants dans une recherche constante d’harmonie et d’équilibre.
Lors de notre visite au domaine, en décembre dernier, les deux blancs nous ont emballés : très belle fraîcheur florale, subtilité aromatique, précision et délicatesse des touchers de bouche, équilibre entre chair et tension, le millésime 2024 brille tout particulièrement. Nous sommes heureux de pouvoir vous les proposer aujourd’hui, pour la première fois.
C’est incontournable, c’est rare et c’est sur la Route des Blancs !
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