Plus de 20 ans déjà que nous avons découvert les vins d’Helmut Dönnhoff, un peu par hasard il est vrai : nous avions « simplement » demandé à un célèbre distributeur et caviste de Sarrebrücken, de nous faire découvrir le meilleur du Riesling allemand! Ce fut pour nous une véritable révélation, une brillante leçon de style et de terroir, à travers laquelle le riesling confirme qu’il est vraiment un cépage exceptionnel, capable, selon ses origines, de revêtir d'infinies nuances de texture et d’arômes.
De son côté, Michel Bettane n’hésite pas à comparer Helmut Dönnhoff au grand Henri Jayer, tandis que d’autres le rapprochent d’Aubert de Villaine… comparaisons plus que flatteuses qui tiennent certainement à cette capacité qu’a eue Helmut Dönnhoff de révéler les facettes du Riesling dans toute sa complexité, sa pureté et ses subtilités, de montrer combien ce fabuleux cépage est capable de transcender son terroir, d'en révéler l'identité jusque dans les moindres infimes détails. Ce grand monsieur du vin, affable et modeste, a clairement inscrit son vertigineux vignoble des rives de la Nahe comme une étape essentielle sur la route des plus grands blancs de la planète.
Si la famille Dönnhoff possède et travaille des vignes du côté d’Oberhausen depuis plus de deux siècles, on doit clairement à Helmut d’avoir donné au domaine son visage actuel. Sur les coteaux escarpés, aux multiples expositions, qui bordent les deux rives de la Nahe, les Dönnhoff exploitent aujourd’hui 25 hectares de vignes âgées entre 20 et 80 ans, très majoritairement plantés en riesling.
Le long des méandres de la rivière, ils ont su parfaitement capter les nuances de chaque sol, tantôt issus de schistes et d’ardoises, donnant aux vins une élégance incomparable, tantôt imprégnés de roches volcaniques, avec des vins au profil encore plus corsé et épicé. Adeptes de rendements limités, littéralement obsédés par la juste maturité du fruit, vinificateurs de génie, aussi bien en sec qu’en vendanges tardives, Helmut et son fils Cornelius parviennent à donner à leurs vins une profondeur, une vibration et un éclat incomparables.
Qu’ils soient bus jeunes, dans leur fraîcheur et leur aromatique étincelante de fleurs, d'herbes fines et de fruits croquants, ou après 10 ou 20 ans d’âge, laissant alors s’exprimer pleinement leur incroyable intensité minérale, les Rieslings des Dönnhoff s’inscrivent indubitablement au panthéon des plus grands vins de lieu et de terroir. Cerise sur le gâteau : la relève du grand Helmut Dönnhoff semble bien assurée ! Son fils Cornelius, enchaîne, depuis son premier « sacre » en 2014 dans le très sérieux Frankfurter Allgemeine Zeitung, les titres de meilleurs vignerons du pays…
Disons-le tout net, ici, les réussites s’enchaînent avec une régularité sans faille : millésime après millésime, frais ou chaud, arrosé ou très sec, que les rendements soient généreux ou faméliques, les Dönnhoff parviennent à capter l’essence de chaque lieu et l’identité de chaque millésime avec une maîtrise, une précision qui forcent l’admiration. Ils possèdent ce talent rare pour sublimer le message du raisin et signer de grands vins, quelles que furent les conditions à la vigne. Ici, la main du vigneron s’efface pour mieux laisser rayonner la vérité du fruit et du sol. Ce rare millésime 2024, aux rendements historiquement faibles, éblouit par la pureté cristalline des vins, leurs élégance tonique, leur fraîcheur, avec une mention spéciale pour des Spätlese d’anthologie.
Une année qui fut particulièrement difficile à la vigne, alors même que, tôt dans la saison, les Dönnhoff ont compris que la récolte serait bien maigre. En effet, après un hiver assez doux, ayant entraîné un débourrement précoce, de fortes gelées se sont abattues sur les vignes les 22 et 23 avril. Elles ont fait beaucoup de dégâts d’autant que le gel s’est accompagné d’un brouillard faisant stagner le froid, y compris sur les vignes de coteaux abrupts traditionnellement épargnées. De nombreuses jeunes pousses n’ont pas résisté, si bien que certaines cuvées n'ont même pas pu être produites. Ce fut le cas du Grand Cru de Felsenberg, par exemple. Heureusement, une seconde génération de bourgeons a partiellement pris le relais par la suite.
Tout au long du printemps, les systèmes dépressionnaires se sont succédé, apportant beaucoup de précipitations et une pression très importante des maladies cryptogamiques, mildiou en tête. Il a fallu redoubler de travail à la vigne, pour bien aérer le feuillage et limiter autant que possible le développement des maladies cryptogamiques. Comme le dit Cornelius Dönnhoff, la gestion du « couvert végétal était un véritable défi, tant la végétation était dense ». Un défi rendu encore plus difficile, sur le plan psychologique (et financier !), lorsque l’on sait qu’à la fin, il y aura malheureusement très peu de raisins à récolter. Bien sûr, la qualité de ces terroirs pierreux, aux sols pauvres, très pentus et drainants, a aussi pleinement joué son rôle.
L’été, bien que moins chaud que son prédécesseur, a cependant réservé de belles périodes sèches et ensoleillées. Si bien que les maturités ont progressé lentement, développant de très belles aromatiques, tout en pureté cristalline, tout en préservant de superbes acidités. En outre, l’humidité de la saison a permis de bon échanges d’éléments minéraux entre le sol et la vigne, et au final une belle concentration des baies, avec une vraie richesse en extraits secs.
Au final, les jus offraient une belle pureté cristalline, portée par des acidités brillantes, un éclat aromatique d’une grande subtilité et une empreinte minérale fuselée, fraîche et épicée. En cave, Cornelius a parfaitement su sublimer cette matière première pour nous proposer une collection 2024 d’une grande élégance. Entre énergie fruitée, vivacité et fraîcheur, les Rieslings signés Dönnhoff règnent encore une fois, et pour longtemps, au sommet de ce que le vignoble allemand a produit de plus subtil cette année. En prime, nous vous proposons de retrouver quelques précieux flacons d'un autre millésime de pureté, d'énergie et d'élégance, 2021.
C’est indispensable, c’est rare et c’est sur la Route des Blancs.
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