Lorsqu’un vigneron de la trempe de Jean-Marc Vincent se frotte au terroir de Puligny, village iconique et cœur battant de la Bourgogne des grands blancs, alors on touche au sublime. Cette cuvée parcellaire de la Corvée des Vignes brille d’une précision, d’un éclat et d’une droiture à faire pâlir bien des premiers crus de Puligny. Grand vin !
Anne-Marie et Jean-Marc ont la chance d’exploiter cette petite parcelle depuis 2006. Cette sélection massale d’une excellente qualité fut majoritairement plantée dans les années 1970. Le climat de Corvée des Vignes est limitrophe de Meursault, au Nord du finage. Ici, la vigne s’appuie sur un substrat de « terres noires », ces sols de calcaires bruns mêlés à des dépôts limoneux. Plus le système racinaire s’enfonce, plus il s’immisce dans une structure plus caillouteuse. Ces sols sont assez drainants et sèchent bien en cas de pluie. Ce terroir, relativement précoce, offre des maturités abouties, avec de beaux équilibres de structure, respectant à la perfection cette identité verticale et si élégante des meilleurs vins de Puligny-Montrachet.
Depuis 2006, Jean-Marc a eu largement le temps d’observer et de comprendre intimement, presque charnellement, le comportement de la vigne sur ce terroir et d’adapter sa viticulture en conséquence. Toujours aussi précis dans sa sélection des jus de presse, et dans ses élevages, au cordeau, il nous livre aujourd’hui un Puligny étincelant dont on peine à croire, en le goûtant, qu’il n’est pas un Premier Cru.
Derrière une robe éclatante, aux légers reflets verts, le nez s’ouvre dans un registre frais et aérien : il nous plonge dans un univers de finesse, en pleine renaissance printanière. On pense aux primevères et aux jonquilles, aux jeunes pousses, à un gazon encore mouillé de rosée, au cerfeuil légèrement anisé et aux fleurs blanches du verger. Les notes chlorophylliennes renvoient également à des cosses fraîches. Un voile délicat de poussière de roche semble ondoyer au-dessus du verre.
Progressivement, des parfums subtils de pêche blanche et de poire s’immiscent dans ce paysage bucolique. Quelques notes de citron vert et de pamplemousse participent à la sensation de fraîcheur, idem pour la pomme Granny. Au fil de l’aération, une empreinte plus épicée et fumée se fait jour, évoquant pierre à fusil et clou de girofle.
La bouche, juteuse et expressive, offre un gros volume de fruit, mais un volume fuselé, animé par l’énergie des agrumes. On pense à l’orange, au pamplemousse, au yuzu, mais aussi à des notes de bergamote et de citronnelle. S’y ajoutent le jus acidulé d’une pomme Reinette ou encore la carambole. Comment résister à cette matière active et longiligne, parcourue d’une stimulante trame saline ? On se laisse porté par ce cortège de saveurs fruitées et épicées évoquant maintenant quelques lointaines contrées du Sud-Est asiatique. C’est fascinant.
La longueur de la finale, sa précision, sa droiture et sa tension : tout y est, dans une imbrication parfaite du fruit et de la roche. C’est magique et surclasse pas mal de premiers crus de Puligny. S’il se dégustera fort bien, dans sa jeunesse, sur un carpaccio de bar aux herbes fines, il vous régalera, après 3 à 5 ans de cave, sur des noix de Saint-Jacques snackées aux girolles, une barbue ou un Saint-Pierre rôti, accompagnés de pomme vapeur et d’une émulsion au citron yuzu. Autre option, un homard grillé au beurre d’agrumes et d’estragon.
Un grand vin pour de beaux moments de gastronomie.
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