Nous vous invitons à découvrir aujourd’hui une adresse longtemps restée sous les radars, dont la production, repérée par quelques fameux dénicheurs de talents, partait presqu’intégralement à l’export. Bienvenue chez Darviot-Perrin, une nouvelle étoile qui illumine aujourd’hui les terroirs de la Côte de Beaune.
Sous l’égide de Pierre-Antonin Darviot, qui a quitté la brillante carrière de diplomate qui l’attendait, pour revenir au pays des nombreuses générations de vignerons qui l’ont précédé, cette propriété familiale de 9 hectares nous offre en 2023 quelques-unes des plus belles cuvées que nous ayons eu la chance de déguster. Un must du millésime, qui se situe quelque part entre les vins de François Mikulski pour leur authenticité et leur imprégnation dans chaque terroir, les Comtes Lafon pour leur concentration charnelle, leur puissance contenue et ceux du cultissime Domaine Bernard-Bonin pour l’énergie, la vitalité habitée qui s’en dégagent : excusez du peu !
Le Domaine est né, dans sa forme actuelle, en 1989, suite à l’union de Didier Darviot et de son épouse, Geneviève Perrin, tous deux héritiers d’une longue tradition viticole, remontant au 19ème siècle. A Beaune et ses environs, pour lui, à Meursault, pour elle. C’est auprès de son beau-père, Pierre Perrin (du Domaine Perrin-Ponsot), vigneron murisaltien très respecté à l’époque, que Didier Darviot apprend le métier. Rapidement, il y prend goût et décide avec Geneviève de mettre en commun leurs vignes respectives pour créer ce domaine de 9 hectares au parcellaire impressionnant. Un superbe patrimoine, constitué majoritairement de vieilles sélections massales, qui court entre Monthelie, Chassagne-Montrachet, Meursault, Volnay et Beaune. Ce nouveau domaine compte alors pas moins de sept premiers crus de grand renom comme, par exemple, Les Perrières ou Les Genevrières à Meursault ou encore le fameux Blanchot-Dessus de Chassagne-Montrachet.
Cultivant une certaine discrétion, les vins signés Darviot-Perrin sont restés longtemps très confidentiels pour une raison simple : très tôt repérés par une poignée d’importateurs au nez creux, l’essentiel de la production partait à l’export. Cependant, à la fin des années 2010, la propriété connaît un tournant important. Après une trentaine de millésimes, Didier souhaite prendre du champ. Son fils, Pierre-Antonin, décide alors de revenir au domaine pour en prendre les rênes. Un choix qui a pu paraître étonnant à ceux qui l’ont croisé dans sa vie précédente : passé par les bancs de la Sorbonne et de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, ce jeune homme brillant, expert en géopolitique, se destinait en effet à une belle carrière de diplomate, d’abord au Ministère des Affaires étrangères, puis dans différentes instances internationales. L’appel de la vigne, des terroirs et de cet héritage familial à faire perdurer fut finalement le plus fort. Il quitte alors sa vie parisienne pour aller se former au lycée viticole de Beaune. Un BTS viti-oenologique complété par un passage chez Thomas Morey où il va parfaire ses pratiques de vinification tout en continuant à « se faire le palais », en goûtant tout ce que la Bourgogne produit ou presque !
Il revient officiellement au Domaine en 2019 et signe ses premières vinifications en 2020 : coup d’essai et coup de maître pour ce trentenaire au geste sûr, à la précision redoutable, qui sait déjà parfaitement où il veut aller et va rapidement se donner les moyens d’y parvenir. Fidèle aux pratiques déjà initiées par son père, il va concrétiser la conversion biologique de l’ensemble du domaine, obtenue avec le millésime 2024. Soucieux de la préservation des équilibres du vivant, il poursuit un chemin qui vise à l’expression la plus fidèle et authentique de chaque terroir. D’autant qu’il a la chance de travailler un patrimoine de vieilles vignes, essentiellement issues de sélections massales plantées par son grand-père, Pierre Perrin, à partir d'une vigne-mère centenaire, située sur l’excellent climat La Bergerie, à Chassagne-Montrachet. Le travail des sols est méticuleux, avec des griffages légers et une limitation des passages de tracteur pour éviter leur tassement et en préserver la structure. L’enherbement naturel, avec des tontes régulières qui contribuent à l’apport de matière organique, et l’amendement en compost bio à base de guano contribuent à maintenait la vitalité de ces vieilles vignes. Pierre-Antonin a également choisi de faire évoluer la taille. Celle-ci s’effectue en deux temps : après une pré-taille en fin d’année, la taille définitive n’est effectuée qu’en mars pour retarder le débourrement et limiter ainsi les risques liés aux épisodes de gel tardif. En outre, il a opté pour la taille Poussard, plus respectueuse des flux de sève, qui limite les risques de maladies du bois. Une approche dont il a pu observer l’efficacité lors de son passage chez Thomas Morey. Limitation du rognage, palissage haut et écimage manuel sont autant de choix guidés par la volonté d’optimiser la photosynthèse, de contrôler naturellement les rendements et de conserver un chapeau végétal de protection au vu de la multiplication des épisodes caniculaires. Ici, la vigne n’est pas un « outil de production » mais bien l’élément central d’un écosystème complet, aux interactions nombreuses. Aussi Pierre-Antonin s’inspire-t-il également de certaines pratiques biodynamiques, comme l’utilisation des tisanes 500 et 501, visant à renforcer la vitalité de la plante et son équilibre.
En cave, on retrouve la même précision et ce même désir de respecter au plus près la vérité du fruit et le goût du terroir. Le moins d’intrant possible, le moins de geste parasite : tout est fait pour préserver l’intégrité, l’éclat et la fraîcheur des jus. Après un tri sélectif sur chaque pied et un transport en petite caissette, les raisins sont légèrement foulés avant une presse lente et douce, en grappes entières, puis un débourbage statique à froid, pendant 24 heures environ. Les fermentations se font naturellement en fûts, sous la seule action des levures indigènes issues de chaque terroir. L’élevage se poursuit pendant un an, avec une faible proportion de bois neuf (autour de 15% en moyenne). Après l’assemblage de chaque cuvée, celles-ci repassent de 6 à 7 mois en cuves, afin de parfaire leurs équilibres, de finir de s’homogénéiser. Tout au long de la vinification et de l’élevage, Pierre-Antonin limite au maximum l’apport en soufre, veillant plutôt à maintenir un taux important de CO2 qui protège le vin tout en préservant fraîcheur et éclat naturel.
Nous avons découvert ce fabuleux millésime 2023 en novembre dernier : tous les vins nous ont bluffés, à la fois posés, charnels et très élégants, d’une limpidité et d’une précision impressionnante dans l’interprétation de chaque terroir.
Hormis un épisode caniculaire très tardif, fin août et début septembre, la saison 2023 fut bien moins marquée par des phénomènes extrêmes que bon nombre d’années récentes. Une année qui a commencé par un hiver plutôt doux et sec. Par la suite, des pluies intermittentes et des phases alternant chaleur et temps plus frais ont permis à la vigne de se développer sereinement, sans stress particulier. La floraison se déroulait début juin sous un temps splendide. La sortie de grappes annonçait des rendements plutôt généreux. Tout au long de la saison de croissance, Pierre-Antonin et son équipe ont veillé à bien maîtriser les rendements et à limiter la charge de grappes par pied, afin de garantir maturités abouties et concentrations suffisantes. D’autant que l’été ne se montrait pas particulièrement chaud et ensoleillé.
Tout a changé après le 20 août. Des pics de températures à plus de 35° accéléraient considérablement les maturités physiologiques et les niveaux de sucre. Un phénomène amplifié par une bonne pluie orageuse le 28 août. Pierre-Antonin a démarré les vendanges des blancs le 5 septembre, sous une chaleur torride qui a conduit à couper uniquement en matinée.
Plusieurs bonnes nouvelles se profilaient : d’abord, les rendements se révélaient tout à fait satisfaisants, autour de 45 hectolitres par hectare pour les blancs. L’état sanitaire était bon et les équilibres superbes. Avec des taux d’alcool potentiels à leur optimum, autour de 13°, des aromatiques expressives et des acidités particulièrement bien préservées, il y avait tout pour se réjouir d’avoir rentré des jus aussi prometteurs. La précision des vinifications et des élevages et le temps passé en cave ont fait le reste : le résultat est magistral !
Avec une telle collection, il est évident que Pierre-Antonin Darviot affirme une identité et rejoint ce qui se fait de mieux sur la Côte de Beaune : une révélation qu’il nous semblait urgent de vous faire partager.
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