Que de chemin parcouru depuis que le jeune Benoît Ente s’est installé au Domaine familial pour travailler au côté de sa tante en 1990, avant de prendre son envol, seul, en 1998 ! 20 millésimes plus tard, sur les pas de son frère aîné Arnaud à Meursault, Benoît a totalement bousculé la hiérarchie, inscrivant ses vins parmi les joyaux les plus prisés de la Côte d'Or. Calmement, patiemment, discrètement, il a cheminé avec un sens de la précision, de l’observation et du détail qui forcent le respect, jusqu’à devenir ce vigneron culte, dont les bouteilles, pratiquement introuvables, s’arrachent aujourd’hui auprès des amateurs du monde entier, à la recherche de grands Bourgognes intenses et ciselés.
Ce petit Domaine familial de Puligny fut largement remanié, à partir de la fin des années 1940, par le grand-père maternel de Benoît. Auparavant, dans l’entre-deux-guerres, les vignes avaient été malheureusement un peu abandonnées, par manque de main d’œuvre surtout. Véritable « bourreau de travail » comme le qualifie Benoît encore aujourd’hui, celui-ci va s’atteler à replanter de nombreuses parcelles, souvent en sélection massale, sur le rarissime et très convoité lieu-dit Folatières En la Richarde, sur les Champs Gains ou, bien sûr, sur le superbe Clos de la Truffière, ce grand terroir de premier cru exploité en monopole, qui fait encore aujourd’hui la fierté des Ente.
En 1990, Benoît revient travailler au domaine avec sa tante, qui a pris la relève entre temps. A l’époque, tous les raisins sont vendus au négoce Beaunois. Quelques années plus tard, prenant exemple sur les débuts de son frère Arnaud, Benoît souhaite voler de ses propres ailes et aller au bout de sa mission : le soin, l’amour même, avec lequel il bichonne ses vignes, rang par rang, pied par pied, grappe par grappe, ne peut s’arrêter net au moment où la maison Louis Latour vient récupérer les moûts…
Benoît saute le pas en 1997, pour exploiter seul 2.5 hectares sur les 5.5 que comptait le Domaine. L’aventure ne débute pourtant pas sous les meilleurs auspices, puisque son tout premier millésime, en 1998, subit le gel et la grêle ! Mais il en faut bien plus pour arrêter notre homme, qui sait intimement que le temps de la vigne et du grand vin est un temps long, que le chemin sera sinueux, plein de surprises, bonnes ou mauvaises, que chaque année il devra ajuster des milliers de détails, encore et encore, observer, toujours, affiner le propos, échanger. Des échanges qu’il multiplie au quotidien avec son frère, auprès duquel, à force de dégustations croisées et d’expériences partagées, il va considérablement affiner le style de ses vins.
Premier grand virage avec le millésime 2003 : tenant, jusque-là, d’une certaine tradition locale, à la recherche d’une haute maturité pour élaborer des vins riches et puissants, Benoît prend pleinement conscience, après cet été caniculaire, que l’avenir est ailleurs. Inéluctablement, les années seront toujours plus solaires, toujours plus chaudes : pas question pour Benoît de se résoudre, pour autant, à « subir » des vins toujours plus opulents voire confits. Pour cela, il sait d’instinct (et d’observation !) qu’il peut faire confiance à la vigne et sa formidable capacité à s’adapter à son terroir, à condition qu’on lui en donne les moyens.
Aussi Benoît décide-t-il de mettre résolument le cap sur le raffinement, l’énergie et l’intensité d’expression des sols : un triptyque qui va dès lors structurer son travail à la vigne tout comme ses choix de vinification. Respect absolu de l’environnement (il bannit très vite tout produit de synthèse ou amendement non organique), travail régulier et extrêmement méticuleux des sols afin de ne rien détruire de la vie qui s’y loge, un soin tout particulier de la taille en fonction des besoins de chaque cépage bien sûr, mais aussi de chaque parcelle (selon la nature des sols, l’exposition, l’âge des vignes…), un contrôle drastique des rendements afin que chaque grappe soit dans des conditions optimales pour une maturation régulière, une précision extrême dans la définition des dates de vendanges à la recherche des meilleurs équilibres entre les sucres, les acidités et la maturité aromatique…
Rien n’est laissé au hasard à la vigne : Benoît sait parfaitement que c’est là que naît un grand vin ! Au vu des évolutions climatiques récentes, il poursuit également ses recherches pour faire évoluer ses pratiques culturales et agronomiques au service de la résilience de la vigne face aux phénomènes extrêmes. Comme son frère Arnaud, il travaille en particulier sur l’optimisation des couverts végétaux afin de limiter les phénomènes d’évaporation et de montée de température des sols sans, pour autant, pénaliser la vigne en cas de sécheresse.
La précision et la rigueur sont tout autant de mise au chai. En se dotant de nouveaux matériels de pointe, il opère désormais des pressurages lents et ultra-délicats, afin d’obtenir suffisamment d’extraits secs structurants tout en préservant de belles acidités. Il diversifie et ajuste, pour chaque cuvée, les contenants utilisés, entre demi-muids, foudres et cuves. 2019 marque un tournant : sur ce millésime, Benoît précise encore sa trajectoire vers la pureté d’expression du fruit et du sol et la moindre influence du bois. Pour ses petits contenants (228 litres), il abandonne ainsi les traditionnelles pièces bourguignonnes pour des « wine globes », ces contenants en verre très en vogue aujourd’hui chez les grandes signatures de la Bourgogne et d’ailleurs. Les élevages, que Benoît avait décidé d’allonger à 18 mois au moins dès le début des années 2010, se révèlent d’une précision diabolique. Le souci du détail et la quête de la perfection ne semble souffrir aucune limite, jusqu’aux bouchons, pour lesquels il n’hésite pas à sillonner régulièrement l’Espagne et le Portugal à la recherche des meilleurs lièges… La vigne et le vin, rien que la vigne et le vin, tout pour la vigne et le vin !
Aujourd’hui, à la tête de ce petit domaine d’à peine plus de 5 hectares, Benoît délivre une des expressions les plus élégantes, raffinées et intenses des terroirs de Puligny-Montrachet et Chassagne-Montrachet. Des vins à la beauté subtile mais incandescente, parfaitement construits, qui savent où ils vont, sans esbroufe ni exubérance, avec une sorte d’assurance tranquille et de sérénité que rien ne pourra déranger. Des vins au long cours, bâtis pour traverser les années et les décennies. Odes sensibles et vibrantes à la pureté du fruit et à la fidélité aux lieux qui les ont vu naître, les vins de Benoît Ente se glissent avec naturel dans cette histoire séculaire, presqu’éternelle, d’une Bourgogne patiemment bâtie, dans le silence et la quiétude des abbayes cisterciennes.
Après une année 2021 particulièrement difficile à la vigne, pour des rendements finaux faméliques, l’année 2022 se présentait sous de bien meilleurs auspices, avec une météo bien plus calme et ensoleillée.
Encore traumatisés par le spectre du gel en avril, les vignerons bourguignons ont eu quelques sueurs froides début avril : des températures négatives ont fait craindre le pire pour les bourgeons de chardonnay tôt débourrés. Le temps resté sec et venteux a cependant permis d’éviter tout dégât dans les vignes. Le mois de mai fut ensuite marqué par l’absence d’eau et des températures élevées, les plus chaudes depuis 50 ans. Heureusement, la pluie est revenue en juin, avec une succession d’averses orageuses qui ont permis de reconstituer des réserves hydriques, bien utiles pour affronter un été particulièrement chaud. Les pics caniculaires se sont succédé tout au long du mois de juillet. En août, quelques averses ont permis de relâcher un peu la pression sur certaines vignes qui commençaient à souffrir de la sécheresse. Comme sur le fameux Clos de la Truffière, où les vieilles vignes sur ces sols très calcaires et drainants ont finalement donné des rendements assez faibles, dépassant à peine 30 hectolitres par hectare.
Pour le reste, la récolte, débutée le 22 août, était en tout point enthousiasmante. Des rendements corrects mais jamais très importants ici, autour de 40 hectolitres par hectare, un état sanitaire superbe, des degrés d’alcool juste parfaits, autour de 13 °, et surtout, des jus offrant des aromatiques expressives, précises, tout ayant préservé une belle fraîcheur acidulée et beaucoup d’énergie. Bref, une matière première idéale pour signer un grand millésime. Une magnifique promesse pour des blancs d’envergure, concentrés, à la fois cristallins et gourmands, toujours incroyablement vibrants.
Ici, tout sonne juste : le raffinement aromatique, la précision de la structure, l’élan de bouche, l’intensité des sensations que les vins procurent, les longueurs des finales, la pureté qui s’en dégage. Tout n’est que superlatif. Pour le plus grand bonheur des amateurs qui auront la chance d’y goûter. En prime, retrouvez quelques raretés et grands formats issus du rare millésime 2021 : il n'y aura pas d'autre occasion comme celle-là de mettre la main sur ces introuvables joyaux.
C’est rare, c’est grand et c’est maintenant, sur la Route des Blancs !
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