Cela fait plus de 45 ans, depuis son installation à son compte en 1979, qu’Alain Gras œuvre avec constance au rayonnement du petit vignoble historique de Saint-Romain, déjà cultivé par les Romains puis les Celtes ! Situé tout en haut de la Côte de Beaune, de part et d’autre d’une petite vallée et au pied d’imposantes falaises, entre 300 et 450 mètres d’altitude, Saint-Romain, bien moins connu que les finages se situant en contrebas, Meursault et Pommard, bénéficie pourtant d’un terroir à la typicité affirmé.
Les sols, souvent très minces et bien drainants, obligent la vigne à s’immiscer rapidement dans la roche-mère calcaire. Si l’on ajoute à cela la position élevée du vignoble, on comprend mieux les équilibres magnifiques de ces blancs, à la fois expressifs et gourmands, surtout sur un millésime solaire comme 2022, mais toujours frais, digestes, et étirés par une splendide vibration minérale.
Alain Gras a patiemment agrandi le domaine, à partir des 6 hectares hérités de sa famille, dans les vignes depuis quatre générations avant lui, pour porter son patrimoine à une quinzaine d’hectares aujourd’hui (également sur les finages d’Auxey-Duresses et Meursault). Pour le chardonnay, il privilégie les terroirs de la partie haute du finage de Saint-Romain, là où les sols sont les plus maigres et la roche calcaire la plus présente. On pense en particulier aux climats Sous le Château et Sous la Velle, bénéficiant d’une orientation à l’Est et au Sud-Est qui garantit une bonne luminosité tout en évitant les trop fortes chaleurs des après-midis d’été. Autant d’éléments particulièrement bien adaptés à l’heure du réchauffement climatique et d’une succession de plus en plus régulière de millésimes chauds et précoces.
Soucieux d’exprimer dans ses vins la typicité des terroirs de Saint-Romain, à la maturité plus tardive, il a peu à peu fait évoluer ses méthodes culturales, généralisant le travail régulier des sols et l’enherbement naturel des vignes, limitant au maximum les traitements et cherchant à maîtriser les rendements par un ébourgeonnage sélectif et des vendanges en vert si nécessaire. Même perfectionnisme à la cave, où les élevages n’ont cessé de s’affiner, mêlant aujourd’hui élevage en fûts, avec une faible proportion de bois neuf, et cuves inox. Compréhension parfaite du terroir, qualité des méthodes culturales, souci du détail, persévérance… autant de qualités qui ont valu au travail d'Alain Gras d'être reconnu par les plus grandes pointures de la sommellerie. Son Saint-Romain blanc est aujourd'hui incontournable sur les plus belles tables : ce ne sont pas moins de 21 restaurants triplement étoilés qui le font figurer en bonne place dans leur livre de cave ! Une source de fierté pour celui qui a consacré sa vie à la valorisation de ce petit mais magnifique vignoble de la Côte d’Or.
Ici, l’histoire s’écrit au présent et au futur : Arthur, le fils d’Alain, a rejoint le domaine en 2020 et commence à insuffler ses idées. Centré sur le travail à la vigne et la compréhension intime de chaque terroir, il a entamé un travail de discrimination parcellaire qui s’est concrétisé avec le millésime 2022. Désormais, ce n’est pas une mais deux cuvées de Saint-Romain blanc que nous avons le plaisir de vous proposer : la cuvée historique du Domaine, représentative des différentes nuances de terroirs du finage, devient le Saint-Romain Cinq Climats, qui assemble les raisins des lieux-dits « Sous la Velle », « Poillange », « La Croix Neuve », « Le Jarron », et « le Village haut ». En parallèle, Arthur a décidé d’isoler la production des 3 hectares de vieilles vignes que la famille exploite sur l’excellent terroir Sous le Château. Ce climat, orienté au Sud-Est, constitue, pour beaucoup d’amateurs, le meilleur terroir du finage. Il devrait logiquement obtenir son classement en premier cru dès que le dossier visant à doter l’appellation de premiers crus, actuellement instruit par l’INAO, aboutira.
Venons-en plus précisément à ce millésime 2024, l’un des plus aboutis goûtés ces-dernières années au domaine avec des vins de chair fuselé, d’éclat fruité à la fois gourmand et tonique, et de vibration minérale très identitaire des terroirs de Saint-Romain. La réussite est totale.
Alors que la saison 2023 avait été relativement « tranquille » à la vigne, il en fut tout autrement en 2024. Une année de défis que les Gras ont parfaitement su relever. Tout avait pourtant bien commencé, avec un mois de janvier assez froid, recouvrant la vigne dormante d’un manteau de givre étincelant. Les pluies régulières de l’hiver ont permis de bien recharger les nappes phréatiques. Si la sortie de grappes est relativement modeste, après deux années successives très généreuses, c’est surtout la pluviométrie importante qui perdure pendant tout le printemps et même au mois de juillet qui va poser le plus de problèmes à la vigne. Elle s’accompagne d’un temps assez frais et d’une pression constante du mildiou. Il a fallu tout au long du printemps contrôler le développement incessant des couverts végétaux et lutter sans faiblir pour contenir les foyers de mildiou. Heureusement, à la différence de la Côtes de Nuits, la pluie s’est relativement calmée au moment de la floraison, limitant un peu les dégâts à ce moment crucial de la saison.
Ce n’est qu’à partir de la fin juillet qu’un temps beaucoup plus clément et lumineux est revenu, durablement cette fois. Les températures grimpaient, mais sans excès, tandis que les premiers jours de septembre offraient des conditions idéales avec une bonne amplitude thermique entre des journées bien ensoleillées et des nuits plus fraîches. De belles conditions pour que les maturités progressent lentement et régulièrement, en préservant de beaux équilibres entre sucres, fraîcheur aromatique et acidités. Les premiers coups de sécateur ont été donnés mi-septembre, par un temps lumineux. Si les grappes étaient peu nombreuses, les jus offraient beaucoup d’éclat, de raffinement aromatique et d’énergie, avec des degrés d’alcool modérés, autour de 12.5°, annonçant la belle sensation de fraîcheur et d’énergie que dégagent aujourd’hui les vins.
Au final, ces deux Saint-Romain 2024 sont particulièrement enthousiasmants, balançant harmonieusement entre charme et fraîcheur, éclat juteux du fruit et des agrumes et empreinte minérale vibrante et resserrée. Expressifs et gourmands, à la fois souples mais toujours toniques, ils nous invitent à voyager dans un paysage aux couleurs chatoyantes, aux parfums réconfortants. Un pur régal, à ne manquer sous aucun prétexte.
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