Cette cuvée est élaborée à partir d’une sélection de vignes assez jeunes, entre 15 et 20 ans, plantées sur des sols alluviaux recouverts d’un manteau de graviers calcaires, qui vont donner au vin sa salinité et cette trame épicée si caractéristique, rappelant quelques grands terroirs pierreux de Chassagne-Montrachet mais aussi certains Grands Crus chablisiens…
Sur le plan de la météo, la saison australe 2023/2024 ne fut pas de tout repos à la vigne, enchaînant des périodes à la météo très contrastée. N’oublions pas que le changement climatique en cours touche tout autant les vignobles de l’hémisphère Sud… entraînant souvent des baisses de rendements. Ce fut encore le cas sur le millésime 2024, pas particulièrement généreux en quantité (même si la récolte a sensiblement progressé par rapport à l’année précédente, historiquement faible), mais très grand en qualité, surtout pour les cépages blancs à la fois très expressifs, sains et ayant préservé fraîcheur et énergie. C’est particulièrement vrai pour le chardonnay.
Globalement, l’hiver a été assez pluvieux, permettant d’emmagasiner de bonnes réserves hydriques dans les sols. Le printemps fut dominé par un temps venté, assez asséchant, avant un mois de janvier torride, qui a accéléré les maturations et précipité le démarrage des vendanges pour les chardonnays, dès le mois de février. Des vendanges précoces qui ont permis à Jean-Marc, Piero et leurs équipes, de récolter un chardonnay à l’état sanitaire parfait, aux superbes équilibres, avec des degrés d’alcool potentiel autour de 12.5°, de la fraîcheur et une belle définition aromatique.
Restait ensuite à Jean-Marc Roulot à sublimer cette magnifique matière première à travers un pressurage extrêmement délicat, dont il est un des grands spécialistes, une vinification la plus naturelle qui soit, sur levures indigènes, et un élevage au cordeau, tout en subtilité. Sur ce millésime, Jean-Marc a choisi de combiner les fûts de chêne français, de petites cuves inox et 20% environ d’amphores et d’œufs.
Après quelques mois d’affinage supplémentaire en bouteille, le résultat est absolument bluffant d’intensité et d’éclat. Le nez s’ouvre dans un registre à la fois très frais et crémeux. On pense à un lassi ou milkshake à la pomme Granny ou à la nectarine blanche. Le fruit de la passion n’est pas loin non plus. On se régale d’évocations d’un beurre aux agrumes que l’on viendrait de sortir du réfrigérateur. Viennent ensuite la clémentine et le pamplemousse rose. Autant de fruits mâtinés d’un voile pierreux, subtilement fumé, évoquant une roche réduite en poussière. L’aération prolongée révèle des notes plus « vertes », plus chlorophylliennes, de coriandre juste coupée, de jus d’ortie, de feuille de basilic et de verveine citronnée. Une nuance de noisettes encore sur l’arbre vient chatouiller nos sens en éveil, rejointe par des notes florales subtilement sucrées, entre chèvrefeuille et jasmin. Quel délice !
La bouche, texturée, dense mais très dynamique, est portée par un puissant courant salin et épicé, puisé dans les calcaires. On a littéralement l’impression de lécher une pierre chaude, tandis que des saveurs particulièrement sapides de citron confit excitent nos papilles. Sa persistance est remarquable, la rémanence des fruits blancs et d’un noyau de pêche triomphe. Tout comme de fins amers aux accents de cardamome et de piment séché.
Un grand chardonnay qui rivalisera aisément avec les meilleurs crus de la Bourgogne : un conseil, amusez-vous à la faire découvrir à l’aveugle… vous serez certainement surpris par les commentaires de vos invités. Taillé pour la table, il vous régalera sur des ris de veau rôtis en caramel d’agrumes, un homard grillé au beurre à l’estragon, ou encore des langoustines en tempura à la coriandre, fleur de sel et coriandre fraîche.
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