Voici le candidat idéal pour entrer dans l’univers fascinant et unique des vins du Domaine Zind-Humbrecht, sans pour autant casser sa tire-lire. Séveux et épicé, taillé dans la roche avec son profil fumé mais porté par la densité d’un fruit mûr et l’énergie pure des agrumes, il affiche une complexité et une longueur de bouche hors-norme. Juteux et pénétrant, il est doté d’une force intérieure impressionnante.
Cette cuvée est issue de plusieurs parcelles de vieilles vignes (plantées dans les années 1960 et 1970), sur la commune de Gueberschwihr, terroir traditionnellement assez tardif. Ici, le calcaire est roi, entremêlé de marnes profondes : il va donner au vin cette tension verticale et cette empreinte fumée caractéristique. L’exposition majoritaire à l’Est et au Sud, couplée à une fin de saison 2024 ensoleillée, ont permis au riesling d’atteindre, sur ces sols calcaires, une belle maturité plutôt tardive, sans rien perdre de la fraîcheur du terroir de Gueberschwihr.
Toutes les conditions étaient réunies pour qu’Olivier et son fils Pierre-Emile puissent ensuite laisser s’exprimer leurs talents de vinificateurs, sans jamais brusquer la fermentation qui est toujours assez lente sur cette cuvée. Au final, après un élevage sur lies de 18 mois, en foudres, ils parviennent à combiner à merveille l’expression concentrée du fruit, l’énergie portée par des évocations d’agrumes et les épices, et l’intense empreinte minérale du substrat marno-calcaire.
À peine ouvert, ce riesling nous plonge dans un univers de fruits blancs, juteux et gourmands. On respire les parfums de poire, de coing confit et de coulis d’abricot plus vrais que nature.
On ne tombe jamais dans l’exubérance d’un fruit trop ensoleillé ou trop sucré : le juste milieu est trouvé dans chacune des notes ressenties. La minéralité, offrant des nuances d’eau de roche, donne encore plus de noblesse à de riesling décidément très élégant.
Après quelques tours de verre, des notes plus épicées se révèlent : la noix de muscade, une pointe de curry doux, un mélange d’herbes de Provence séché, couplé à un ras el-hanout raffiné. Ces sensations s’expriment pleinement et dansent sur une toile aux couleurs fumées, comme deux silex frottés qui libéreraient leurs étincelles aromatiques.
La bouche est précise, tendue et diablement efficace. Ce riesling ne laisse aucun doute : il exprime parfaitement son terroir. On ressent d’abord une véritable dynamique. À la fois subtil dans son développement aromatique, presque discret, la matière, elle, nous convainc par sa densité et son ampleur, qui permettent au vin de déployer ses ailes.
La trame épicée est bien présente, sur le poivre blanc, mais aussi quelques arômes légèrement anesthésiants, comme le piment d’Espelette ou le poivre de Sichuan. Puis vient davantage de douceur pour apaiser le feu : en cœur de bouche, de très belles sensations minérales apparaissent, procurant une impression de légèreté, presque aérienne, contrastant avec l’attaque.
Le vin se resserre ensuite autour d’une acidité citronnée, évoquant les zestes d’un citron jaune de Menton et ou d’une mandarine corse. Il laisse en bouche la sensation d’un vin énergique, sûr de ses équilibres, qui donne furieusement envie d’y revenir.
A table, on imagine volontiers un lapin rôti aux branches de romarin, parfumé d’ail et d’olives noires, pour une rencontre « Alsace Provence » qui ne devrait pas vous décevoir. On peut aussi voyager vers le pays du Soleil-Levant avec des korokke, ces petits beignets de pomme de terre accompagnés de shiitakés et de chou rouge, nappés d’une sauce blanche crémeuse parfumée à la ciboulette et au miso. Miam !
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