Millésime après millésime, ce Clos de la Crochette ne cesse de s’affirmer et constitue désormais un des piliers de la gamme des Héritiers du Comte Lafon. Nous avons adoré cette année son équilibre subtil entre fraîcheur printanière et charme estival, entre gourmandise et énergie. Et surtout, cette imprégnation minérale, saline, maritime même, qui chaque année s’impose davantage et nous rapproche de certains crus chablisiens ou sancerrois, bien au-delà de toute expression variétale. Ce village de Chardonnay n’a décidément pas fini de nous surprendre…
Cet ancien Clos, qui surplombe le petit village au nom prédestiné, fut replanté en 1987. Exposé plein Sud entre 200 et 250 mètres d’altitude, avec un sol très caillouteux et chaud en surface, il donnait traditionnellement une expression assez riche et solaire du raisin. De toute évidence, les méthodes culturales mises en place par Dominique Lafon et Caroline Gon, en particulier le travail régulier des sols et les apports biodynamiques, ont permis à la vigne de s’enraciner plus en profondeur dans le sous-sol où se mêlent marnes tendres et argiles, gages d’une vraie densité de structure, mais aussi de nombreuses plaquettes calcaires. La plante puise ici de la tension et une empreinte minérale, à la fois tonique et épicée, qui s’exprime aujourd’hui avec finesse et intensité dans le vin.
Le Clos de la Crochette, vendangé parmi les premières parcelles du Domaine (début septembre, pour ce millésime 2023), a été vinifié puis élevé en grands contenants, pour moitié en vieux foudres et moitié en demi-muids : l’idée étant de préserver l’intégrité et l’éclat du fruit et offrir, à travers le vin, une lecture pure et précise du terroir.
Au premier nez, on plonge dans un univers frais et printanier, d’abord dominé par une empreinte calcaire assez rafraîchissante. On pense à une plage de sable fin, à des embruns salins et iodés, à de petits coquillages roulés par les vagues, complétés de notes balsamiques de pinède ou d’eucalyptus : tout ceci nous rappelle furieusement l’atmosphère des forêts et des plages landaises… Des notes chlorophylliennes évoquent les jeunes pousses printanières, entre cerfeuil, livèche mais aussi la citronnelle et la sucrine : on ressent partout l’énergie de la renaissance de la nature. Au fil de l’aération, l’éclat fruité transparaît, d’abord autour de la pomme Granny, de la poire et du brugnon blanc. Les agrumes viennent ensuite au soutien, énergiques, juteux : on reconnaît les zestes de citron vert ou jaune et la mandarine, complétés d’une nuance anisée. Pureté, complexité : le niveau impressionne.
On retrouve en bouche ce bel équilibre entre générosité fruitée, autour des fruits blancs et des agrumes, et une empreinte saline particulièrement salivante. Les saveurs de poire, de pulpe d’orange et de pamplemousse, de carambole sont relevées d’une pointe de poivre de Sichuan, d’un peu de baie de genièvre et d’une once de citronnelle. La sensation d’énergie juvénile ne nous quitte pas, jusqu’à la finale, qui nous fait croquer dans les segments d’agrumes.
Ce vin d’éclat et de convivialité vous régalera, jeune, sur un beau plateau de fruits de mer, des sashimis ou un tartare de bar aux agrumes et herbes fines. Plus tard, une belle sole grillée, juste accompagnée d’un filet de citron lui conviendra parfaitement.
Un concentré de plaisir et de « bonnes ondes » …
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