Ce qui ont eu la chance de goûter au moins une fois la désormais mythique cuvée La Roque (le Domaine n’en produit plus depuis le millésime 2014) savent combien le muscat de macération, sec, peut, chez les Gauby, tutoyer les sommets et vous emporter vers des paysages olfactifs et gustatifs jamais visités auparavant. Et si OVNI signifiait Objet Vineux Non Identifié ?...
Les Gauby ont décidé de récidiver avec cette cuvée Jasse, créée sur le millésime 2015, qui prolonge avec brio cette idée originale et irrésistible du vin orange sec.
Bien qu’il entre dans la catégorie des vins « orange », issus de raisins ayant eu un temps significatif de macération avec la peau avant le pressurage, il s’en distingue à bien des égards. Les Gauby assemblent ici muscat à petit grain, très majoritaire, avec le plus rare muscat d’Alexandrie (à hauteur de 15 à 20% suivant les millésimes). Les raisins proviennent à la fois de vieilles vignes (jusqu’à 80 ans) plantées sur des sols de schistes mais aussi de pieds plus jeunes situés sur des terroirs calcaires.
Après la vendange et un tri sévère à la vigne, le raisin est ensuite laissé en macération, en grappes entières, environ 3 semaines. Puis, il est pressé très délicatement avant d’être vinifié sur levures indigènes et d’être élevé en foudres anciens et cuves béton pendant 7 mois.
Le résultat constitue une expérience sensorielle unique : au nez comme en bouche, on embarque pour un voyage fascinant dans un univers aromatique foisonnant, évoquant les rives orientales de la Méditerranée. On pense à la fleur d’oranger et au lupin, au jus d’orange et de clémentine, à la datte ou la figue séchée, aux petites pâtisseries au miel comme les baklava, au cumin, au poivre et au safran, à des salades tièdes de carottes et de pois chiches. L’abricot n’est pas loin, la grenade et la pêche jaune non plus. On en mangerait !
Le plaisir monte encore d’un cran en bouche où, malgré sa générosité, le vin se montre frais et actif. Il se déploie en souplesse, porté par l’énergie des agrumes et des épices : on retrouve l’orange mais aussi le citron vert, les fruits à noyau, la pomme et quelques fruits exotiques. Et surtout, une myriade d’épices aux couleurs chatoyantes, entre safran, colombo, noix de muscade, curcuma, baie de Sichuan et poivre vert. De fins amers aux accents d’écorces d’agrumes et de bâton de réglisse relancent le milieu de bouche, stimulant nos papilles aux aguets. Une touche subtilement végétale de céleri renforce la sensation de fraîcheur.
La finale, droite et sapide, finit de nous donner envie de nous attabler autour d’une kémia, d’une salade de carotte au cumin, d’une autre de févettes tièdes à l’orange. On pense aussi à des artichauts violets barigoule, des courgettes farcies au thon ou des pâtes fraîches à l’ail et aux légumes du Sud. A moins que vous n’optiez pour un poulet grillé à la citronnelle, à la mode vietnamienne…
Bon voyage !
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