Benoît Ente exploite une petite parcelle d’un demi-hectare sur le climat des Houillères à Chassagne, juste limitrophe du finage de Puligny (tout contre Les Tremblots et les Enseignères). Dévolue jusqu’en 2003 au pinot noir, elle fut intégralement replantée de pieds de chardonnay, à une haute densité de 20 000 pieds par hectare. Une façon de favoriser la concurrence entre les ceps et de stimuler l’enracinement en profondeur de la vigne.
Ici, les sols sont plus légers, surtout sur le bas de la parcelle : les argiles plutôt fines et aérées s’entremêlent avec de nombreux cailloutis calcaires, polis par d’anciennes sources. Il n’est d’ailleurs pas rare de trouver sur la parcelle quelques résurgences d’eau, en hiver ou au printemps. La vigne a tous les atouts pour parfaitement résister aux étés de plus en plus secs et chauds que connaît la Côte d’Or.
Ce terroir des Houillères apporte la tension et la pureté aromatique auxquelles Benoît n’hésite pas à dire qu’il voue un véritable « culte ». En contrepoint, il a privilégié des sélections de chardonnays à faibles rendements : une bonne partie des vignes donnent de petits raisins millerandés, très aromatiques et concentrés. Pour ce vin naturellement riche, nul besoin de grossir le trait : Benoît fait donc le choix de recourir, pour l’élevage, à une proportion grandissante de « Wine Globes », ces fameux globes de verre de plus en plus utilisés par les grandes signatures de nos vignobles pour préserver la pureté originelle du fruit et du sol, sans ostentation ni effet de manche. En 2022, la moitié du vin a été élevée dans ce contenant, et l’autre en foudre.
Le premier nez nous plonge dans un panier de fruits frais, gorgés de jus et de saveurs, autour de la pêche jaune, de la poire, de l’abricot et de la prune verte finement acidulée. Des notes de brioche toastée, de miel d’acacia, de beurre froid et de corne de gazelle subtilement parfumée à la fleur d’oranger renforcent la sensation de gourmandise. On pénètre ensuite au cœur d’un paysage champêtre, bucolique, peuplé de petites fleurs printanières, d’herbes fraîches anisées ou mentholées. Progressivement, une dimension épicée plus tonique, autour du gingembre confit, du poivre blanc et de la baie de genièvre, vient titiller nos sens, tout comme cette touche d’agrumes confits, entre clémentine et orange.
En bouche, le jus à la fois puissant mais tonique, se déploie avec naturel : il déroule son fruit mûr, charnu et savoureux, accompagné de fins amers de peaux d’agrumes, de bâton de réglisse et de noyau de pêche, et soutenu par une trame saline. Si le vin se montre séveux et texturé, il dégage également une belle impression d’énergie et de mouvement, sur des nuances de zestes et de poivres fins. L’expression du sol se montre de plus en plus intense et empyreumatique, au fur et à mesure que l’on avance vers la finale. L’air de rien, lentement mais sûrement, ce superbe Chassagne-Montrachet parcellaire déploie une force intérieure vibratoire digne des plus grands. La réussite est magistrale.
Des asperges blanches grillées accompagnée d’une mousseline au parmesan devrait parfaitement lui convenir dans sa jeunesse. Plus tard, il sera le compagnon zélé d’un homard grillé accompagné de son beurre à l’estragon, de noix de Saint-Jacques rôties à la crème de persil et poivre blanc ou encore de ravioles de langoustines à la truffe, inspirées de la célèbre recette de Joël Robuchon…
C’est un bijou, à la fois sensuel et éthéré : on adore !
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