C’est en 1975, après une solide formation d’œnologue faite à Beaune puis auprès de Jacques Puisais, au laboratoire de Tours, que Bernard Baudry décide de s’installer à son compte. Il démarre à l’époque en cultivant à peine 2 hectares de vignes, à l’est de Chinon, du côté de Cravant-Les-Coteaux, berceau de la famille Baudry depuis de nombreuses générations.
Bernard Baudry, au fur et à mesure qu’il agrandit son vignoble, va vite s’illustrer par sa capacité à exprimer dans ses vins les nuances de chaque terroir. « Si vous êtes amoureux de vos terroirs, si vous êtes attentionné, humble, à l’écoute de la plante et de la terre, alors le vin vous le rendra bien ! », telle est depuis longtemps la conviction de Bernard. Conscient de la diversité de ce vignoble très morcelé, il fut l’un des premiers à élaborer des cuvées parcellaires de Chinon, issues des meilleurs coteaux argilo-calcaires ou siliceux surplombant les rives de la Vienne. Bien sûr, comme ailleurs en Chinon, c’est le cabernet franc qui a fait sa réputation, installant le Domaine au sommet de la hiérarchie des producteurs de grands chinons rouges.
Mais les amateurs les plus avisés savent que le domaine Bernard Baudry cutlive quelques parcelles de chenin (à peine 2 hectares sur les 30 que compte aujourd’hui l’exploitation), sur les meilleurs terroirs calcaires du Domaine, en particulier sur le lieu-dit La Croix Boissée, qui donne de l’avis unanime des dégustateurs le meilleur blanc de l’appellation !
Mathieu Baudry, désormais aux manettes au côté de son père, prolonge et affine encore la mise en valeur de chaque terroir : il a conduit le domaine, dès 2006, à sa certification Bio, matérialisant ainsi une approche culturale respectueuse des sols et de la plante. Il est en cela fidèle au précepte intangible appris de son père selon lequel « tout se fait à la vigne ». Une qualité et une précision du travail cultural, privilégiant la vitalité des sols et l’enracinement en profondeur de la vigne, qui prennent tout leur sens avec la succession de millésimes solaires et parfois très secs que connaît le Val de Loire ces dernières années.
Le style des vins ne cesse de s’affiner, tout en conservant une ampleur et une sève en bouche caractéristiques : à la différence de nombreux vignerons ligériens, les Baudry laissent en effet se faire naturellement la fermentation malo-lactique, qui contribue à donner à leurs blancs volume et charpente, sans pour autant nuire à l’expression minérale et fraîche des terroirs argilo-calcaires dont ils sont issus. Tout à cette recherche d’équilibre, Mathieu privilégie aujourd’hui, pour ses chenins, de grands contenants en bois de 600 litres.
En outre, satisfait de l’expérience menée en 2021 du fait de rendements très faibles, Matthieu propose à nouveau cette année une seule cuvée de Chinon Blanc qui intègre les plus beaux raisins de sa petite parcelle (jadis isolée) de la Croix-Boissée, ce terroir-phare qui ajoute profondeur et complexité à son Chinon Blanc. Ce millésime 2024 de haut vol, à la fois dense, épicé, mais porté par une trame florale délicate et rafraîchissante, nous en offre une très belle démonstration.
Si l’on revient sur le millésime 2024, il ne fut pas de tout repos dans les vignes, donnant au final des rendements assez faibles. Après une année 2023 qui a presque fait figure de parenthèse enchantée, du côté du Val de Loire, tant les conditions climatiques offraient enfin un peu de sérénité, 2024 fut bien plus chaotique et difficile à négocier. En cause, un printemps et un début d’été très arrosés qui ont nécessité un important travail en vert, pour contrôler le développement de la plante et, surtout, limiter au maximum la prolifération des foyers de mildiou. En outre, les conditions fraîches et humides pendant la floraison ont entraîné des phénomènes de filage ou de coulure, limitant sensiblement les espoirs de rendements futurs.
Heureusement, toute l’énergie déployée par les Baudry et leurs équipes ne fut pas vaine. Le temps s’est enfin amélioré à partir de début août. Un soleil franc est revenu permettant aux chenins de parfaire leurs maturités. La bonne amplitude thermique qui a perduré en septembre, avec des journées lumineuses, douces et des nuits plus fraîches, a permis de préserver acidité et raffinement aromatique. Au final, au moment des vendanges, fin septembre, les jus rappelaient un peu les équilibres de 2021, avec de la fraîcheur, un bel éclat du fruit et surtout, cette énergie, cette vibration minérale qui peut parfois faire défaut sur des années beaucoup plus chaudes, aux maturités précoces. En outre, les rendements limités ont donné de belles concentrations, avec des jus riches en extraits secs. Incontestablement, un très beau millésime pour les blancs ligériens. Un millésime « sauvé des eaux », en somme
Le vin se montre aujourd’hui dense, profond mais tonique, porté par un équilibre balançant entre gourmandise de fruits blancs bien mûrs, énergie des agrumes, fraîcheur aérienne aux accents anisés et mentholés subtils, et, surtout, une empreinte épicée et saline très intense, qui structure et allonge la fin de bouche. Mathieu Baudry signe un superbe Chinon Blanc, qui intègre, cette année encore, les raisins de son terroir-phare de la Croix-Boissée, pour un supplément de chair et de complexité.
Irrésistible… et très abordable !
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