Installé depuis 1999, d'abord à Sainte-Gemmes-sur-Loire puis à Epiré, Damien Laureau, ingénieur agronome de formation, décide rapidement de se concentrer sur le prestigieux vignoble de Savennières, fasciné par ce terroir d’exception, et ces coteaux pentus, si difficiles à cultiver, aux fameux sols de schistes et de grès, qui plongent vers le fleuve.
A la tête de ce petit domaine de 6 hectares, Damien se passionne pour le magnifique (et parfois capricieux) cépage Chenin, et les infinies nuances d’expression qu'il est capable de capter de son terroir. Convaincu du lien indéfectible entre la pureté d’expression du vin et la qualité de l'environnement de la plante, Damien entame dès 2009 la conversion biologique du vignoble, certifié depuis le millésime 2012. Il fait partie de cette génération qui a bousculé certaines habitudes ligériennes (la recherche de hauts rendements en particulier) et redonné à la prestigieuse appellation une place centrale parmi les grands blancs de France.
Inlassablement, il poursuit un chemin de crête, à la recherche de l’expression la plus pure et naturelle de chaque terroir. Depuis 5 ans, il a décidé d’aller encore plus loin dans la compréhension de la vie des sols et des interactions avec la vigne : en étudiant la vie microbiologique des sols, il cherche à trouver les leviers pour restaurer des sols forcément abîmés par la viticulture, même biologique. Le cuivre et le soufre, dont certains usent et abusent pour lutter contre le mildiou ou l’oïdium, sont utilisés ici avec une grande parcimonie : Damien leur préfère l’application d’huiles essentielles ou d’extraits de plantes fermentés. Face à la multiplication des épisodes de gel tardif après des hivers doux, il a également fait évoluer ces pratiques de taille, optant désormais pour une taille en plusieurs temps, bien plus tardive, afin de retarder autant que possible le débourrement de la vigne.
Il adopte dans son vignoble les techniques de l’agriculture régénérative, afin de développer la fertilité naturelle des sols mais aussi la vitalité et la résilience de la vigne. Un élément essentiel en ces temps de dérèglement climatique où elle est amenée à affronter souvent des phénomènes extrêmes… Avoine, féverolles, pois, les rangs de vigne sont richement enherbés pendant une bonne partie de l’hiver et du printemps. Chaque plante apportant sa propre contribution à l’équilibre des sols. Tandis qu’il n’est pas rare, durant cette même période, de croiser petites vaches ou brebis qui paissent tranquillement entre les ceps… Vous l’aurez compris, ici, la vigne c’est bien plus qu’une plante ou qu’un outil de travail : c’est une philosophie de vie et un écosystème qu’il faut préserver à tout prix.
Après des vendanges manuelles par tries successives, très sélectives (les rendements dépassent rarement 15 à 20 hectolitres par hectare), Damien vinifie séparément chaque micro-terroir, n’hésitant pas à fractionner son pressurage pour encore davantage de précision et de nuances. Il réalise ensuite des assemblages d’orfèvre afin d’élaborer des cuvées aux mille nuances olfactives. La recherche de l'équilibre et de la complexité passe aussi, après les fermentations malolactiques, par des élevages longs, et même très longs parfois. Les vins restent sur lies pendant 12 mois en barriques avant de passer entre 6 et 24 mois supplémentaires, en cuve ou en jarre de grès.
Les derniers millésimes nous enchantent chaque année un peu plus encore. De toute évidence, Damien a franchi un palier supplémentaire et délivre aujourd’hui une des plus belles expressions de Savennières : à la fois élégante, profonde et toujours parfaitement structurée par cette énergie vibrante et ce relief minéral qu’apportent les meilleurs terroirs de Savennières.
Les vins se montrent d'une grande pureté aromatique, à la fois denses, cristallins et verticaux : l’éclat jaillissant du fruit se mêle à une dimension florale ou herbacée aérienne ainsi qu'à ce caractère salin, épicé tout droit venu des sols de schistes et de roches volcaniques. Des vins au long cours, précis, droits et puissants, qu’un élevage subtil et élégant sert à merveille. Des vins de grande garde (une dizaine d’années au moins pour Le Bel Ouvrage, voire bien davantage pour La Roche aux Moines, véritable Grand Cru du Domaine, ou le nouveau Savennières parcellaire Champ-Bourcier), qui convoquent le meilleur de la gastronomie. Les sommeliers des tables étoilées ne s’y sont pas trompés, qui les font figurer en bonne place sur leurs cartes…
Malheureusement, Damien a connu une succession d’années difficiles, marquées en particulier par les ravages d’épisodes de gel printanier : en 2016, 2017, 2019 et 2021, les vignes ont été durement touchées, réduisant considérablement les récoltes. En 2017, elle fut même quasi-intégralement détruite, ne permettant à Damien d’élaborer qu’une seule cuvée, totalement collector, la bien nommée Aurore, en référence à ce moment où il découvrait au petit matin les gelées blanches sur les vignes. Un vin rare et complexe, qu’il a décidé de longtemps laisser reposer en cave avant de la présenter aujourd’hui, maintenant que les cicatrices du vigneron se sont refermées et que le vin se montre sous son plus beau jour.
Nous vous proposons aujourd’hui de remonter le temps en compagnie de Florence et Damien Laureau, entre 2017 et 2020, dans un pays où le roi chenin brille d’un éclat tout particulier. Avec d’infinies nuances selon la nature des sols et le millésime, on retrouve, sur chaque cuvée, une interprétation précise et intense de ces grands terroirs de schistes ou de roches volcaniques, servie par de longs élevages au cordeau. Comme sur le splendide Savennières Champ-Bourcier 2019, un Savennières parcellaire issu de sols volcaniques de rhyolites, élevé d’abord un an en fût puis deux années supplémentaires en grandes jarres de grès.
L’éclat gourmand du fruit, la sophistication florale, mellifère et herbacée au nez, de subtiles notes racinaires si typiques, la fraîcheur des agrumes, la verticalité épicée et une prodigieuse énergie saline tirée de la roche, qui resserre les bouches et électrise chaque papille : tout est là, parfaitement ordonnancé, parfaitement dosé. De l’emblématique Bel Ouvrage, pur et scintillant, au « Grand Cru » Roches aux Moines, qui offre déjà une sophistication, un volume et une profondeur considérables, en passant par L’Aurore, collector absolu regroupant la minuscule récolte 2017 en une seule cuvée, à l’élégance poétique : cette collection est magnifique !
Une référence incontournable de l’appellation Savennières et, plus globalement, du chenin de Loire.
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