Depuis déjà 40 ans, Gérard Boulay s’emploie avec discrétion, opiniâtreté, précision et surtout un immense talent à mettre en valeur les meilleurs terroirs de Chavignol : on adore la personnalité de ses vins, qui occupent une place à part sur la carte des grands Sancerres d’auteur et de terroir. Toujours très savoureux, généreux voire jaillissants dans leur aromatique, profonds et denses dans leur structure, les blancs de Gérard Boulay sont surtout vivants et authentiques, dotés d’une formidable énergie, communicative, qu’ils tirent des sols et de leur environnement.
S’il est une famille profondément enracinée dans les terroirs de Chavignol et dans l’histoire des vins de Sancerre, c’est bien la famille Boulay, « Vignerons depuis 1310 », comme le précise une ancienne pancarte figurant en bonne place dans le caveau de dégustation. Plus récemment, le grand-père de Gérard, André, était aussi le président de l’Union Viticole locale, au moment de l’obtention de l’Appellation d’origine. Autre signe de cet ancrage dans une culture modelé par la vigne et le vin, Thibaut Boulay, le fils de Gérard qui travaille désormais à ses côtés, s’est longtemps illustré, à l’Université mais aussi dans les librairies, pour ses recherches passionnantes autour de l’histoire des terroirs Sancerrois…
Revenons maintenant au visage contemporain de cette propriété familiale emblématique : la tenue de la dizaine d’hectares de vignes du Domaine révèle au premier coup d’œil le niveau d’exigence des Boulay. Travail régulier des sols pour préserver et dynamiser la vie biologique, enherbement des parcelles les plus pentues, comme le Clos de Beaujeu ou Les Monts Damnés, qui permet de limiter l’érosion de ces sols crayeux, bannissement des pesticides, ébourgeonnage précis et rigoureux pour éviter les vendanges en vert et limiter les rendements, vendanges manuelles en petites cagettes pour préserver au maximum l’intégrité du fruit… Ici, chaque détail compte !
Malgré le succès – désormais mondial - de ses vins, Gérard Boulay entend bien continuer à travailler en artisan : la qualité exceptionnelle de ses sancerres lui donne totalement raison. Quant à la vinification et l’élevage, là encore, place au travail d’orfèvre : fermentation naturelle, absence de fûts neufs, élevage sur lies sans bâtonnage, pour ne pas surjouer le côté crémeux et rester au plus près d’une expression authentique du fruit et du sol, passage en cuve pour parfaire l’équilibre du vin et lui rendre son élan aérien, notre « artisan-vigneron » est toujours guidé par la recherche de la vérité de chaque lieu.
Issus de « terres blanches », ces terroirs de marnes kimméridgiennes (les mêmes que l’on trouve à Chablis), ou de caillottes, ces sols calcaires et caillouteux, les vins de Gérard Boulay séduisent par leur franchise et leur intensité, leur richesse de saveurs, l’équilibre entre le fruit et la percussion minérale que l’on aime dans un grand sancerre, et, au final, leur grande capacité de vieillissement. Un Clos de Beaujeu ou un Mont Damné du Domaine s’épanouira parfaitement après 15 voire 20 ans de garde : c’est assez rare en Sancerre, mais c’est aussi cela la magie des vins signés Boulay.
A l’exception notoire du délicat millésime 2021, une année tardive, marquée par les dégâts du gel et du mildiou et, au final, des rendements historiquement bas, les millésimes précoces et solaires s’enchaînent du côté de Chavignol. 2023 est le cinquième en six ans… Néanmoins, chaque année offre ses particularités : en fonction de la fréquence des pluies, de l’état des réserves hydriques au moment d’affronter la chaleur estivale, de l’intensité et de la longueur des périodes caniculaires, les vignes réagissent différemment et donnent finalement à chacun de ces millésimes une identité bien à lui. En ce sens, 2023 en étonnera plus d’un par la sensation de fraîcheur et d’énergie qui se dégage des vins, tout en offrant une gourmandise aromatique et un superbe confort de bouche témoignant de la belle maturité du fruit.
Si l’hiver fut marqué par un vrai déficit hydrique, la situation s’est arrangée au début de l’été, en juin puis en juillet, une période qui a vu se succéder pas mal d’averses orageuses permettant de constituer quelques réserves dans les sols et sous-sols du vignoble de Chavignol. Avant cela, la vigne avait profité d’un printemps particulièrement doux, et même chaud au mois de mai, ayant permis à une floraison précoce de se dérouler dans de bonnes conditions.
Sous l’effet de la chaleur estivale, les acides maliques se sont dégradés assez rapidement. Cependant, la vigne n’a pas eu besoin de puiser dans les acides tartriques, si bien que les jus ont préservé de beaux équilibres acides, de la fraîcheur, tout en développant leurs qualités aromatiques, sous l’effet d’un mois d’août et d’un début du mois de septembre absolument radieux. Les vendanges ont finalement débuté le 13 septembre chez Boulay, après une première semaine de septembre franchement caniculaire. Le temps était estival, permettant d’adapter sereinement le planning aux progressions des maturités dans chaque parcelle et chaque rang, quitte à réaliser plusieurs passages dans une même vigne : ce fut le cas sur les Monts Damnés.
Au final, la récolte s’est montrée assez généreuse, avec des raisins mûrs et juteux, aux aromatiques particulièrement gourmandes, expressives, et des degrés d’alcool potentiels optimaux, autour de 13°. Une superbe matière première qu’il ne restait plus aux Boulay père et fils qu’à sublimer, à travers des élevages au cordeau, en foudres, cuves et grands fûts.
Les vins se révèlent particulièrement savoureux, expressif mais tendus et structurés. Ils dégagent une sensation de fraîcheur, de rebond et de raffinement qui s’équilibre à merveille avec la maturité gourmande du fruit. Les bouches, à la fois amples et fuselées, nous régalent : dynamiques, elles sont profondément ancrées dans le sol, y puisant un caractère salin ou épicé, toujours vivifiant, qui nous fait saliver de longues secondes et nous met en appétit. Incontestablement, les vins iront très loin dans le temps : une grande année !
Thibaut et Gérard Boulay réussissent un millésime 2023 de toute beauté du côté du vignoble Sancerrois. Retrouvez en prime les tout derniers parcellaires du superbe millésime 2022.
C’est incontournable et c’est maintenant, sur la Route des Blancs.
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