Benoît et Jean-Baptiste, les deux fils de Jean-Claude Bachelet, vigneron déjà gratifié d’une excellente réputation, malheureusement disparu en 2020, ont entrepris, depuis leur arrivée au Domaine en 2000 et 2005, de gravir patiemment mais résolument les marches qui séparent la qualité de l’excellence.
Du statut de « grands de demain », ils sont passés à celui de référence incontournable et, désormais, de domaine culte, non seulement dans l’appellation Saint-Aubin qu’ils ont su hisser au meilleur rang, mais aussi à Chassagne-Montrachet et Puligny-Montrachet, où ils produisent des Villages et des Premiers Crus de toute beauté, ainsi qu’un exceptionnel Grand Cru Bienvenues-Bâtard-Montrachet. Les plus grands sommeliers ne s’y sont pas trompés, qui font figurer leurs vins sur les cartes de la grande majorité des restaurants triplement étoilés que compte le pays… Quant aux critiques, ils ne tarissent pas d’éloge sur ce duo qui a su affirmer un style, trouvant, à chaque millésime, le juste point d’équilibre entre densité de saveurs, tension et expression juste et affirmée des sols… Le Guide vert de la RVF, en leur décernant en 2018 une deuxième étoile, les a consacrés dans le gotha des grands noms de la Côte d’Or : nous applaudissions déjà des deux mains ! La même RVF n’hésite pas aujourd'hui, dans son numéro spécialement consacré à ce millésime de très haut vol en Bourgogne, à trouver leurs 2023 tout simplement "somptueux".
Une juste récompense qui nous montre aussi, s’il en était encore besoin, qu’ici le hasard n’a pas sa place. Car une telle régularité à un aussi haut niveau ne tombe pas du ciel. Leur ouverture aux autres, leur méticulosité et leur précision dans le travail à la vigne, la qualité et la douceur du pressurage des raisins, l’utilisation exclusive de levures indigènes, la pratique d’élevages très longs (un minimum de deux hivers en grands fûts), et surtout leur abnégation et leur complémentarité dans le travail… Tout cela a contribué à faire de leurs blancs ce qu’ils sont devenus : des modèles de grands vins de Bourgogne, complexes, harmonieux et charmeurs, profonds et habités par leurs terroirs.
Le Domaine compte aujourd’hui environ 10 hectares dont 6 plantés en chardonnay, dans certains des meilleurs climats de ce triangle d’or que forment les communes de Saint-Aubin, Chassagne-Montrachet et Puligny-Montrachet. Toutes les parcelles ont été patiemment isolées par Benoît et Jean-Baptiste et sont cultivées selon les principes biologiques et biodynamiques, dans cette recherche d’une expression pure et fidèle de l’identité du lieu. Depuis le millésime 2023, l’ensemble du Domaine est d’ailleurs certifié en Bio, même si cela faisait déjà très longtemps que les Bachelet en suivaient scrupuleusement les règles.
En cave, Benoît et Jean-Baptiste ont progressivement affiné leurs choix. Convaincus qu’un deuxième hiver en barrique permet au vin de regagner en tension, en énergie, ils élèvent leurs blancs près de deux ans au total. Ils ont toujours accordé un soin tout particulier au choix de la futaille, testant, cuvée par cuvée, des origines de bois différentes, mais aussi les finesses de grain, les chauffes et les tailles des fûts bien sûr. Alors qu’ils ont compté jusqu’à 7 tonneliers différents dans leur cave, ils privilégient aujourd’hui de grands fûts de 456 litres, au grain extra-fin, majoritairement sélectionnés chez le célèbre tonnelier de Saint-Romain, François frères. Des contenants qui limitent l’empreinte boisée sur les jus tout en contribuant à donner au jus ce relief, cette complexité de saveurs et cette extraordinaire capacité d’évolution dans le temps qui fait la marque des vins du domaine Jean-Claude Bachelet.
Année après année, dans toutes les dégustations à l’aveugle, leurs vins se distinguent : au-delà d’une interprétation parfaitement juste de chaque terroir, au-delà de la compréhension profonde de chaque millésime et des moyens à mettre en œuvre pour en tirer le meilleur, les vins des frères Bachelet possèdent ce je-ne-sais-quoi qui les distinguent des autres : un style, une personnalité, une véritable identité. Et cela, ce n’est pas donné à tout le monde ! On ne peut s’empêcher de penser à quelques-uns de leurs illustres aînés, des vignerons de légende qui ont su imprimer, eux aussi, un style à leur vin. On pense à Anne-Claude Leflaive pour cette énergie du vivant qu’elle parvenait à insuffler dans ses vins, à Jean-François Coche-Dury ou Jean-Marie Guffens pour cette concentration et cette intensité aromatique hors-normes que l’on trouve dans leurs cuvées ou encore aux Raveneau pour cette science particulièrement subtile et bien pensée de longs élevages en fûts, qui sert parfaitement le vin sans jamais le dénaturer… Chez Bachelet, il y a un peu de tout cela, pour le plus grand plaisir des amateurs que nous sommes.
Venons-en à ce sublime millésime 2023 que nous avons eu la chance de regoûter voici à peine quelques jours. Disons-le tout net, les Bachelet signent là un millésime en forme d’apothéose. Nul doute que cette collection fera date : le charme, la concentration, le raffinement, la fraîcheur, la sève, tout y est.
Si l’on revient sur la saison, Jean-Baptiste et Benoît n’hésitaient pas à la qualifier de « relativement facile à gérer à la vigne ». Hormis un épisode caniculaire très tardif, fin août et début septembre, la saison 2023 fut bien moins marquée par des phénomènes extrêmes que bon nombre d’années récentes. Une année qui a commencé par un hiver plutôt doux et sec. Par la suite, des pluies intermittentes et des phases alternant chaleur et temps plus frais ont permis à la vigne de se développer sereinement, sans stress particulier. La floraison se déroulait début juin sous un temps splendide. La sortie de grappes annonçait des rendements relativement généreux, bien que limités par les choix de viticultures exigeants des frères Bachelet.
La période estivale s’est montrée plutôt chaude et ensoleillée, mais sans excès, ponctuée de quelques pluies orageuses bienfaitrices en juillet. Un orage de grêle survenu dans à Saint-Aubin dans la nuit du 11 juillet a fait craindre le pire, mais heureusement, les dégâts furent très limités. Tout a changé après le 20 août, comme si une nouvelle saison commençait. Des pics de températures à plus de 35° accéléraient considérablement les maturités physiologiques et faisaient grimper les niveaux de sucre.
Les frères Bachelet ont choisi de démarrer les vendanges le 2 septembre avec les terroirs relativement précoces de Remilly, à Saint-Aubin, et des Macherelles, à Chassagne. Puis le 5 avec leur petite parcelle du superbe cru de Blanchot-Dessus. A partir du 6, les autres parcelles ont été ramassées, à un rythme soutenu, sous un temps encore estival. L’état sanitaire des baies était excellent avec des degrés d’alcool potentiels optimaux, autour de 13°, et des acidités tout à fait raisonnables. Quant aux rendements, ils flirtaient voire dépssaient, pour les blancs, 50 hectolitres par hectare, ce qui est rarissime chez les Bachelet. Bref, toutes les conditions étaient réunies pour donner le sourire à Jean-Baptiste et Benoît, parfaitement conscients de tenir, avec ces jus, la promesse d’un grand millésime.
Après pratiquement deux années d’élevage et quelques mois d’affinage supplémentaire en bouteille, les vins possèdent un charme, une précision aromatique et une énergie interne absolument remarquables. Expressifs, intenses, frais et vibrants, ils sont imprégnés de leur terroir. Les bouches sont pleines d’un fruit juteux et tonique. Fruits blancs, fruits à noyau et agrumes s’entremêlent avec gourmandise, parcourus de notes florales et chlorophylliennes aériennes, rafraîchissantes, souvent relevés d’épices et de trames empyreumatiques. Les acidités sont parfaites, soulignant avec précision et entrain l’imprégnation minérale des vins. La réussite est « somptueuse », pour reprendre les mots de la Revue du Vin de France.
Dernier point, et pas des moindres : ce millésime 2023 offre, de toute évidence, une capacité de garde exceptionnelle. Comme de coutume, nous avons clôturé notre dernière dégustation au millésime avec quelques bouteilles proposées à l’aveugle par Jean-Baptiste et Benoît : cette fois, c’est un Chassagne-Montrachet les Encégnières, issu pourtant d’un millésime plus que solaire, le si redouté 2003, qui nous a parfaitement bluffé, par la qualité exceptionnelle de ses équilibres et sa formidable énergie empyreumatique en bouche, rendant le plus bel hommage qui soit à l’identité de ce grand terroir de Chassagne. Une nouvelle preuve, s’il en était encore besoin, qu’un blanc de 20 ans, signé Jean-Claude Bachelet, est encore dans la fleur de l’âge !
Mais où s’arrêteront donc Benoît et Jean-Baptiste ? Dans tous les cas, ils sont plus solidement que jamais installés dans l’élite de la production bourguignonne. Le plus excitant dans tout cela, c’est qu’ils n’ont, malgré la reconnaissance unanime dont ils font l’objet, rien perdu de leur humilité, de leur capacité à s’étonner, à rester ouverts aux autres, à se remettre en cause, à affiner leur pratique, à chercher et chercher encore… en d’autres termes, à aller toujours plus loin dans leur quête d’une certaine idée de la perfection. Nous vous invitons à les suivre sur ce chemin qui les mène tout droit vers l’Olympe des plus grands blancs.
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