En trois millésimes seulement, depuis qu’il a récupéré 4 petits hectares de vignes après le partage familial, Benoît Moreau confirme avec brio son statut déjà iconique parmi les vignerons de Chassagne-Montrachet, et, plus globalement, de la Côte de Beaune. La Revue du Vin de France n’hésitait pas à écrire, dans son numéro spécial consacré au millésime 2023 en Bourgogne, que « tous ses vins s’inscrivent au sommet de la Côte de Beaune ». Ses vins profonds, ciselés, animés d’une énergie et d’un souffle qui transcende leurs nobles origines, se placent cette année parmi les plus brillantes réussites de tout ce que nous avons eu la chance de goûter.
Bien sûr, Benoît Moreau, tout nouveau soit-il sur la « scène » des solistes virtuoses de la Côte d’Or, est loin d’être un inconnu. Les amateurs avisés auront certainement déjà reconnu une moitié de la fratrie aux commandes du très respecté Domaine Bernard Moreau, superbe propriété familiale de Chassagne-Montrachet dans laquelle Benoît travaillait depuis la fin des années 1990 au côté de son frère aîné Alexandre. Au fil des années, Benoît s’est forgé ses propres convictions, à la vigne comme au chai, et c’est en 2019 qu’il décide de franchir le rubicon et de voler de ses propres ailes.
Une décision mûrement réfléchie, qui lui laisse le temps de se donner les moyens de ses ambitions en construisant une cuverie moderne et fonctionnelle à la sortie de Chassagne-Montrachet, sur la route de Santenay. Après s’être « fait la main » l’année dernière, en vinifiant quelques cuvées issues de raisins fournis par une poignée d’amis vignerons, Benoît nous présente aujourd’hui pour la première fois le fruit de ses propres vignes. Après un partage familial, il est aujourd’hui à la tête d’environ 4 hectares, comptant une importante proportion de vieilles vignes, situés sur quelques-uns des plus beaux terroirs de Chassagne-Montrachet, comme Grandes Ruchottes, Chenevottes, Cardeuse ou Fairendes.
Des vignes qu’il bichonne depuis longtemps déjà, en appliquant une philosophie guidée par le respect de l’identité vivante du terroir : viticulture biologique, pratiques bio-dynamiques, préservation des équilibres et de la vie des sols, en particulier par une gestion habile des couverts végétaux, adoption de techniques de tailles plus douces et recours au tressage dans certaines parcelles afin d’éviter le traumatisme du rognage… autant de pratiques que Benoît entend bien généraliser aujourd’hui, au sein de son petit domaine conduit avec la même précision qui règne dans un atelier de Haute-Couture.
Côté vinification et élevage, Benoît privilégie une approche tout aussi authentique, cherchant à préserver l’expression et l’énergie pure du fruit, du sol et du lieu : ici, point de correction technique ni d’artifice oenologique mais le culte de la juste maturité et du temps long. Après un foulage léger et un pressurage lent, Benoît fait confiance aux levures indigènes pour ses fermentations. Il bâtonne peu et n’abuse pas du bois neuf. Côté contenant, il panache habilement, selon l’identité de chaque cuvée, des traditionnelles pièces bourguignonnes et des demi-muids plus grands. Un élevage qu’il prolonge 16 à 18 mois pour l’ensemble de ses cuvées, y compris le Bourgogne, d’abord en fûts pendant un an, puis en cuves pendant quelques mois supplémentaires. Ce deuxième hiver d’élevage permet au vin de regagner en tension et de parfaire ses équilibres naturels. A noter en outre que pour ses deux cuvées-phares, qui constituent un peu ses « Grands Crus », La Cardeuse et Les Grande Ruchottes, Benoît a en outre décidé de laisser se patiner les vins en bouteille pendant plus d’une année supplémentaire.
Venons-en à ce prodigieux millésime 2023 : disons-le tout net, lorsque nous l’avons découvert, voici déjà plus d’un an, alors que les vins étaient encore en fûts, nous avons été littéralement subjugués : un tel équilibre, une telle intensité, un tel charme, une telle précision dans la lecture de chaque terroir, jusqu’où Benoît va-t-il nous emmener ? Nous n’avions pas la réponse mais étions déjà impatients de redécouvrir ces bijoux une fois mis en bouteille.
Si la saison de croissance fut assez proche, dans ses grandes lignes, à celle de 2022, elle fut cependant bien moins marquée par des phénomènes extrêmes.
Une année qui a commencé par un hiver plutôt doux et sec. Par la suite, des pluies intermittentes et des phases alternant chaleur et temps plus frais ont permis à la vigne de se développer sereinement, sans stress particulier. La floraison se déroulait début juin sous un temps splendide. La sortie de grappes annonçait des rendements généreux. Une abondance qui a conduit Benoît, comme la grande majorité de ses confrères, à faire tomber quelques raisins au début de l’été, afin de veiller à limiter la charge par pied et de s’assurer de bonnes maturations. D’autant que l’été ne se montrait pas particulièrement chaud et ensoleillé.
Mais tout a changé après le 20 août, comme si une nouvelle saison commençait. Des pics de températures à plus de 35° accéléraient considérablement les maturités physiologiques et les niveaux de sucre. Craignant une progression trop rapide des sucres et une dégradation des acides, Benoît a fait le choix de démarrer les vendanges assez tôt, dès le 29 août. Tout à sa recherche de l’équilibre optimum des fruits, terroir par terroir, parcelle par parcelle. Elles ont duré une bonne semaine, juste avant que les températures ne s’emballent et que le temps tourne à l’orage. Un choix gagnant tant il a permis de préserver tout l’éclat et la fraîcheur du fruit. Avec de confortables rendements, autour de 50 hectolitres par hectare, des jus expressifs dans leurs aromatiques et des degrés d’alcool potentiels pour les blancs à leur optimum, entre 12.6 et 13.1°, Benoît a vite compris qu’il tenait là tous les ingrédients pour signer un grand millésime.
La réussite se confirme aujourd’hui : les vins dépassent toutes les attentes. Il y a là tout ce que l’on aime : de la profondeur et des textures dynamiques, ciselées, une interprétation particulièrement subtile de chaque terroir, une fraîcheur et une intensité aromatiques remarquables, et surtout, une énergie interne qui vous transporte, une énergie jamais démonstrative mais franchement réjouissante. Nul doute que nous avons affaire ici à un vigneron accompli, parfaitement sûr de ses choix, qui n’a pas fini de faire parler de lui. Comme l’écrit le critique William Kelley, du célèbre Wine Advocate : « Du jour au lendemain, une nouvelle étoile est apparue au firmament de Chassagne ». Pour notre plus grand bonheur.
C’est exceptionnel, c’est pratiquement introuvable et c’est sur la Route des Blancs !
A noter que les cuvées de Premiers Crus La Cardeuse et Grandes Ruchottes sont proposées sur le millésime 2022, après un an de vieillissement supplémentaire dans les caves du Domaine. Deux vins à l’envergure stupéfiante.
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