Yves Gangloff fait incontestablement partie de cette poignée de vignerons que l’on a envie de qualifier d’artistes tant ils parviennent à imprégner leurs vins d’une sensibilité unique, d’une inspiration singulière qui les rendent éminemment poétiques.
C’est pourtant un peu par hasard et beaucoup par amour que ce féru de rock, guitariste à ses heures, a posé ses valises à la fin des années 1970 du côté de Condrieu. A l’époque, cet alsacien de naissance décide de rendre visite à son frère, Pierre, artiste-peintre installé avec ses gouaches et ses pinceaux dans une pièce du Château d’Ampuis (qui n’est pas encore la propriété de la famille Guigal). Sa rencontre avec Mathilde, une jeune viennoise qui deviendra sa femme, va radicalement changer le cours de son existence.
Celui qui n’avait « qu’un livre de Kerouac dans la poche, une guitare en bandoulière et aucune qualification » prend alors conscience que Mathilde et lui ne peuvent se contenter de vivre d’amour et d’eau fraîche. C’est en entrant comme ouvrier agricole chez Delas qu’il va progressivement apprendre les bases du métier de vigneron sur les pentes abruptes de Condrieu et des Côtes-Rôties.
En parallèle, un vigneron local, Gaston André, propose à Yves et Mathilde de leur céder quelques vignes. L’aventure du Domaine Gangloff démarre. Jusqu’à la fin des années 1980, le couple vend l’essentiel de sa récolte à la maison Guigal, tout en expérimentant sur de petites quantités la vinification et l’élevage « maison ». Ce n’est qu’en 1992 qu’Yves et Mathilde se décident à mettre en bouteille l’intégralité de leur récolte. Avec le succès que l’on sait : en quelques années, les vins signés Gangloff deviennent des références absolues auprès des amateurs de Condrieu et de Côte-Rôtie, aux quatre coins du "mondovino". Les Gangloff ont continué, dès lors, à acquérir et planter de nouvelles parcelles en Condrieu, Côte-Rôtie et, plus récemment, en Saint-Joseph, tout en veillant à conserver une approche très artisanale de la vigne et du vin, sur les 9 hectares que compte aujourd’hui le domaine.
Après la disparition prématurée de Mathilde en 2011, Yves a courageusement continué à écrire l’histoire de ce domaine désormais culte, avec l’aide de ses enfants. Aujourd’hui, Yves vinifie « à quatre mains » avec sa fille Elsa, tandis que son gendre, Aurélien, s’investit dans le travail de la vigne : une nouvelle page s’est ouverte, qui s’avère tout aussi passionnante que les précédentes. Le succès des vins du Domaine ne s’est jamais démenti, bien au contraire : il suffit de voir la foule d’inconditionnels qui vibrionne immanquablement autour du stand des Gangloff au Marché aux vins d’Ampuis, rendant celui-ci quasiment inaccessible. A chaque instant, on frôle l'émeute...
Pourtant, loin d’appliquer une quelconque recette, Yves a toujours continué à faire évoluer le style de ses vins, loin de toute autre contingence que la quête esthétique d’un vin pur et habité par son terroir – « la seule partition disponible »-, un vin vivant et sensible. Yves avance au gré de ses doutes, des accidents, parfois, qui lui apprennent beaucoup, mais surtout en suivant ses intuitions et les messages que lui envoient chaque année ses vignes. Comme aime à le dire notre musicien-vigneron : « moi, je fais un concert par an », et il n’y a pas de répétition entre deux dates… de vendange !
Année après année, millésime après millésime, les vins d’Yves et Elsa Gangloff nous touchent au cœur. Nous sommes heureux de pouvoir vous proposer cette année encore l’intégralité de la gamme de blancs concoctée par l’artiste de Condrieu, désormais solidement épaulé par sa fille et son gendre, sur un millésime 2024 aux faibles rendements, mais superbe dans su pureté aromatique aux accents floraux, sa chair fuselée, son énergie. Unanimement considéré comme un très grand millésime pour les blancs rhodaniens !
Une année 2024 à la météo capricieuse, alternant périodes humides, mistral et grosses chaleurs, et qui aura demandé énormément de travail à la vigne, pour des rendements malheureusement assez faibles. Le printemps fut marqué par de nombreux épisodes pluvieux : s’ils ont permis de reconstituer de bonnes réserves hydriques, mises à mal ces-dernières années par de longues périodes de sécheresse, ils ont eu pour conséquence un développement végétatif très rapide associé à une forte pression du mildiou. Les travaux en vert étaient très importants pour limiter l’expansion de la plante et cantonner le plus possible les attaques du mildiou. Heureusement, pendant l’été, le mistral a souvent soufflé, asséchant l’atmosphère et limitant ainsi le développement des maladies cryptogamiques. Le soleil est revenu en juillet et en août, permettant aux maturités de progresser régulièrement, sans excès. Elles ont bénéficié de bonnes amplitudes thermiques, entre des journées plutôt chaudes mais pas caniculaires et des nuits fraîches : des conditions idéales pour de beaux équilibres entre concentration, finesse aromatique et fraîcheur des baies.
Les premiers coups de sécateur ont été donnés tout début septembre. SI les rendements affichaient une baisse d’environ 20% par rapport à l’année précédente, les équilibres de baies frisaient la perfection, avec de la fraîcheur, de l’intensité aromatique, de belles acidités et des degrés d’alcool potentiel modérés. La promesse d’un beau millésime à la fois délicat, fuselé, tonique.
Ces précieux flacons offrent aujourd’hui un profil à la fois charmeur, raffiné et tonique. On aime les bouquets aux accents floraux subtils, balançant entre douceur poudrée et gourmandise fruitée, relevée de notes épicées. On découvre, émerveillé, des paysages printanier, d’une nature foisonnante, en pleine renaissance. Les équilibres sont somptueux, offrant la plus parfaite sensation d’harmonie et de plénitude. Des vins d’une profondeur et d’une énergie interne stupéfiantes : ils vous transportent tout autant dans les entrailles de l’écorce terrestre que dans un jardin d’Eden coloré, un jardin suspendu qui semble flotter au-dessus du Rhône. Des vins de vérité et d’émotion.
Malheureusement, les quantités sur ce magnifique mais trop rare millésime 2024 sont encore une fois très limitées, alors que la demande pour les vins signés Gangloff n’a jamais été aussi forte. Alors, ne tardez surtout pas !
Les vins d’Yves et Elsa Gangloff atteignent une sorte d’absolu. C’est magique, c’est culte et quasiment introuvable, et c’est sur la Route des Blancs.
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