La culture de la vigne et le respect des terroirs de Chassagne-Montrachet et Saint-Aubin font partie de l’ADN de la famille Pillot depuis bien longtemps déjà, puisqu’un certain Jean-Baptiste Pillot décide dès la fin du 19ème siècle d’arrêter de fabriquer des fûts pour se consacrer pleinement à la culture de la vigne et à la production de vin… Il faudra cependant attendre la fin des années 1960 pour que le domaine entre dans une nouvelle ère, sous l’égide de Paul Pillot : celui-ci va accroître sensiblement le patrimoine viticole de la famille, sur quelques-uns des meilleurs premiers crus de Chassagne-Montrachet, du côté de la Grande Montagne, mais aussi de Saint-Aubin, et installer le domaine parmi les valeurs sûres de Chassagne-Montrachet.
Aujourd’hui, ce sont Thierry et Chrystelle, ses enfants, qui dirigent le domaine familial avec une maîtrise, une énergie communicative et un talent qui forcent le respect. Tout juste quarantenaires, lui à la vinification et au travail à la cave et elle plutôt à la vigne et au commerce, ils font partie de cette jeune génération de la Côte de Beaune, à la fois travailleuse, extrêmement respectueuse des vignes et de l’environnement, ouverte aux autres et toujours capable de se remettre en question pour affiner et épurer le style de leurs vins, afin que ceux-ci révèlent leur terroir avec la plus grande authenticité.
Autant passionné par la vigne que par la musique (tout comme son père), Thierry n’a pas hésité à aller faire ses gammes dans des contrées lointaines comme l’Australie et l’Afrique Du Sud, histoire de mieux se rendre compte à quel point les terroirs de Chassagne-Montrachet et Saint-Aubin sont « bénis des dieux ». Au fil des millésimes (il signe son premier dès 2004 !), Thierry a précisé son style, tout en équilibre entre concentration et énergie, guidé par l’obsession de la juste maturité du raisin, la précision d’un élevage toujours délicat, n’abusant jamais du bois neuf. Il s’agit bien ici de souligner l’intensité aromatique et le relief naturel du vin, sans jamais nuire à la pureté d’expression du fruit et de l’identité minérale de chaque cuvée.
Année après année, Thierry Pillot nous embarque toujours plus haut, "vers de nouveaux sommets" pour reprendre les mots du critique spécialisé William Kelley. La qualité du travail cultural n’est pas étrangère à une telle réussite. Ancré dans une culture biologique, Thierry s’inspire des pratiques agronomiques les plus en pointe, que ce soit dans l’utilisation habile de couverts végétaux pour éviter le tassement des sols, favoriser la diversité microbiologique et préserver fraîcheur et humidité. Mais aussi dans la gestion foliaire, avec des choix de palissage haut et de tressage des tiges pour certains crus, plus respectueux du cycle végétal naturel de la vigne et permettant d’obtenir des raisins encore plus concentrés, à la manière de ce qui se fait chez Lalou Bize-Leroy ou Olivier Lamy par exemple. Vous l’aurez compris : ici, rien n’est laissé au hasard, Thierry poussant toujours plus loin sa recherche de pureté d’expression du fruit et du sol.
Côté vinification et élevage, Thierry est un adepte d’un foulage léger des baies avant le pressurage : une pratique qui lui permet d’extraire des composés phénoliques qui l’intéressent tout particulièrement, pour l’intensité aromatique qu'ils apportent, mais aussi la vivacité de bouche, avec ces fins amers aux accents de peaux d’agrumes qui portent une des signatures des blancs du Domaine. Pour les élevages, Thierry privilégie les grandes barriques, de 350 litres le plus souvent, avec une très faible proportion de bois neuf (autour de 10 à 15% en moyenne). Voire pas du tout, comme sur ce tout nouveau millésime 2024.
Avec cette magnifique collection, nous mettons aujourd'hui le cap sur ce millésime, qui ne fut pas évident à négocier à la vigne, mais qui a donné des blancs aux somptueux équilibres, dans la veine de 2014 ou 2017, avec des vins intenses, fuselés, mariant raffinement aromatique, fraîcheur et puissance fuselée. Le seul bémol, c’est que les rendements de ce millésime 2024 sont en nette diminution par rapport à son prédécesseur : avec une moyenne de 25 hectolitres par hectare pour les blancs, ils sont en baisse de moitié par rapport au millésime précédent…
Alors que la saison 2023 avait été relativement « tranquille » à la vigne, il en fut tout autrement en 2024. Une année de défis que Thierry et ses équipes ont brillamment relevés, signant de notre point de vue l’une des plus belles collections que nous ayons goûté sur le millésime lors de notre long périple bourguignon de novembre dernier, alors que les vins n’étaient encore qu’en élevage.
Tout avait pourtant bien commencé, avec un mois de janvier assez froid, recouvrant la vigne dormante d’un manteau de givre étincelant. Les pluies régulières de l’hiver ont permis de bien recharger les nappes phréatiques. Si la sortie de grappes est relativement modeste, après deux années successives très généreuses, c’est surtout la pluviométrie importante qui perdure pendant tout le printemps et même au mois de juillet qui va poser le plus de problèmes à la vigne. Elle s’accompagne d’un temps assez frais et d’une pression constante du mildiou. Il a fallu tout au long du printemps contrôler le développement incessant des couverts végétaux et lutter sans faiblir pour contenir les foyers de mildiou. Heureusement, à la différence de la Côtes de Nuits, la pluie s’est un peu calmée au moment de la floraison, limitant un peu les dégâts à ce moment crucial de la saison.
Ce n’est qu’à partir de la fin juillet qu’un temps beaucoup plus clément et lumineux est revenu, durablement cette fois. Les températures grimpaient, mais sans excès, tandis que les premiers jours de septembre offraient des conditions idéales avec une bonne amplitude thermique entre des journées bien ensoleillées et des nuits plus fraîches. De belles conditions pour que les maturités progressent lentement et régulièrement, en préservant de beaux équilibres entre sucres, fraîcheur aromatique et acidités. Thierry et ses équipes ont donné les premiers coups de sécateur mi-septembre, par un temps lumineux. Si les grappes étaient peu nombreuses, les jus offraient beaucoup d’éclat, de raffinement aromatique et d’énergie, avec des degrés d’alcool modérés, autour de 12.5°, annonçant la belle sensation de fraîcheur et d’énergie que dégagent aujourd’hui les vins.
Les blancs du Domaine brillent d’un éclat à la fois tonique et gourmand, ils possèdent une qualité d’équilibres qui les portera loin dans le temps. Très purs et expressifs, fuselés et profonds, particulièrement actifs en bouche, habités d’un fruit savoureux et vif, ils nous régalent de bout en bout. Une des plus belles réussites (la plus belle ?) du millésime : bravo. Mais, attention, les quantités disponibles sont en baisse… Avis aux amateurs !
En prime, procurez-vous, en exclusivité, quelques raretés issues du micro-négoce haute-couture initié par Thierry Pillot dès 2008, ainsi que les tout derniers flacons d'un millésime 2023 désormais introuvable. Mais où s’arrêtera donc celui que le célèbre critique Neal Martin qualifie, à juste titre, comme l’un des « plus grands vignerons de Bourgogne » ?
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