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Thierry Pillot nous embarque toujours plus haut, « vers de nouveaux sommets » pour reprendre les mots du critique William Kelley. Nous le retrouvons aujourd’hui avec un millésime 2023 de précision, de chair fuselée et d’énergie pure. Les équilibres sont somptueux, l’interprétation des terroirs l’est tout autant. Une des plus belles collections de l’année !
La culture de la vigne et le respect des terroirs de Chassagne-Montrachet et Saint-Aubin font partie de l’ADN de la famille Pillot depuis bien longtemps déjà, puisqu’un certain Jean-Baptiste Pillot décide dès la fin du 19ème siècle d’arrêter de fabriquer des fûts pour se consacrer pleinement à la culture de la vigne et à la production de vin… Il faudra cependant attendre la fin des années 1960 pour que le domaine entre dans une nouvelle ère, sous l’égide de Paul Pillot : celui-ci va accroître sensiblement le patrimoine viticole de la famille, sur quelques-uns des meilleurs premiers crus de Chassagne-Montrachet, du côté de la Grande Montagne, mais aussi de Saint-Aubin, et installer le domaine parmi les valeurs sûres de Chassagne-Montrachet.
Aujourd’hui, ce sont Thierry et Chrystelle, ses enfants, qui dirigent le domaine familial avec une maîtrise, une énergie communicative et un talent qui forcent le respect. Tout juste quarantenaires, lui à la vinification et au travail à la cave et elle plutôt à la vigne et au commerce, ils font partie de cette jeune génération de la Côte de Beaune, à la fois travailleuse, extrêmement respectueuse des vignes et de l’environnement, ouverte aux autres et toujours capable de se remettre en question pour affiner et épurer le style de leurs vins, afin que ceux-ci révèlent leur terroir avec la plus grande authenticité.
Autant passionné par la vigne que par la musique (tout comme son père), Thierry n’a pas hésité à aller faire ses gammes dans des contrées lointaines comme l’Australie et l’Afrique Du Sud, histoire de mieux se rendre compte à quel point les terroirs de Chassagne-Montrachet et Saint-Aubin sont « bénis des dieux ». Au fil des millésimes (il signe son premier dès 2004 !), Thierry a précisé son style, tout en équilibre entre concentration et énergie, guidé par l’obsession de la juste maturité du raisin, la précision d’un élevage toujours délicat, n’abusant jamais du bois neuf. Il s’agit bien ici de souligner l’intensité aromatique et le relief naturel du vin, sans jamais nuire à la pureté d’expression du fruit et de l’identité minérale de chaque cuvée.
Année après année, Thierry Pillot nous embarque toujours plus haut, "vers de nouveaux sommets" pour reprendre les mots du critique spécialisé William Kelley. La qualité du travail cultural n’est pas étrangère à une telle réussite. Ancré dans une culture biologique, Thierry s’inspire des pratiques agronomiques les plus en pointe, que ce soit dans l’utilisation habile de couverts végétaux pour éviter le tassement des sols, favoriser la diversité microbiologique et préserver fraîcheur et humidité. Mais aussi dans la gestion foliaire, avec des choix de palissage haut et de tressage des tiges pour certains crus, plus respectueux du cycle végétal naturel de la vigne et permettant d’obtenir des raisins encore plus concentrés, à la manière de ce qui se fait chez Lalou Bize-Leroy ou Olivier Lamy par exemple. Vous l’aurez compris : ici, rien n’est laissé au hasard, Thierry poussant toujours plus loin sa recherche de pureté d’expression du fruit et du sol.
Côté vinification et élevage, Thierry est un adepte d’un foulage léger des baies avant le pressurage : une pratique qui lui permet d’extraire des composés phénoliques qui l’intéressent tout particulièrement, pour l’intensité aromatique qu'ils apportent, mais aussi la vivacité de bouche, avec ces fins amers aux accents de peaux d’agrumes qui portent une des signatures des blancs du Domaine. Pour les élevages, Thierry privilégie les grandes barriques, de 350 litres le plus souvent, avec une très faible proportion de bois neuf (autour de 10 à 15% en moyenne).
Avec la spontanéité qui le caractérise, Thierry ne cachait pas son enthousiasme à l’idée de nous faire découvrir le millésime 2023, alors qu’il poursuivait tranquillement son élevage, fin octobre dernier. Un millésime de chair fuselée, de grâce et d’énergie, qui lui semblait encore plus prometteur que son magnifique prédécesseur ! Si la saison de croissance fut assez proche, dans ses grandes lignes, à celle de 2022, elle fut cependant bien moins marquée par des phénomènes extrêmes.
Une année qui a commencé par un hiver plutôt doux et sec. Par la suite, des pluies intermittentes et des phases alternant chaleur et temps plus frais ont permis à la vigne de se développer sereinement, sans stress particulier. La floraison se déroulait début juin sous un temps splendide. La sortie de grappes annonçait des rendements généreux. Une abondance qui a conduit Thierry, comme la grande majorité de ses confrères, à faire tomber quelques raisins au début de l’été, afin de veiller à limiter la charge par pied et de s’assurer de bonnes maturations. D’autant que l’été ne se montrait pas particulièrement chaud et ensoleillé.
Mais tout a changé après le 20 août, comme si une nouvelle saison commençait. Des pics de températures à plus de 35° accéléraient considérablement les maturités physiologiques et les niveaux de sucre. Un phénomène amplifié par une bonne pluie orageuse le 28 août. Craignant une progression trop rapide des sucres et une dégradation des acides (maliques surtout), Thierry a décidé de démarrer les vendanges assez tôt, dès le 27 août. Tout à sa recherche de l’équilibre optimum des fruits, terroir par terroir, parcelle par parcelle. Elles ont duré une bonne dizaine de jours, juste avant que les températures ne s’emballent et que le temps tourne à l’orage.
La récolte se montrait plutôt généreuse (sauf pour les aligotés), avec des rendements flirtant avec les 50 hectolitres par hectare pour la plupart des blancs. L’état sanitaire des raisins était remarquable, ne nécessitant pratiquement aucun tri pour les blancs. Les jus étaient à la fois expressifs, vifs et concentrés. Quant aux degrés d’alcool potentiels, ils frisaient la perfection, entre 12.8 et 13°.
Au final, les vins offrent des équilibres somptueux, qui surpassent même ceux des excellents millésimes 2020 et 2022 : si l’on retrouve la richesse expressive, la superbe maturité des prédécesseurs, les vins semblent ici encore plus frais et énergiques, plus dynamiques en bouche. Concentrés de fruit, de sol et d’énergie, du simple et délicieux Aligoté, issu d’une vigne centenaire, à la renversante Romanée, véritable « Grand Cru » du Domaine, ils nous ont totalement conquis. Profondeur, intensité, envergure, mouvement, persistance : tout y est, déjà parfaitement en place. Thierry signe ici un de ses plus grands millésimes. En prime, quelques raretés issues de son micro-négoce haute-couture...
Mais où s’arrêtera donc celui que le célèbre critique Neal Martin qualifie, à juste titre, comme l’un des « plus grands vignerons de Bourgogne » ?
C'est exceptionnel, c'est rarissime et c'est maintenant, sur la Route des Blancs !
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