Depuis 1993, date à laquelle il reprend les vignes familiales, Yves Canarelli va patiemment et résolument faire du Clos Canarelli un des fleurons de la viticulture corse. Situé à Tarrabucetta, à côté de Figari, le vignoble familial occupe une position privilégiée, au cœur d’un terroir d’arènes granitiques, certes très ensoleillé mais que la proximité de la montagne de Cagna et l’omniprésence du vent protègent des chaleurs excessives, permettant ainsi aux raisins de conserver de bons équilibres.
C’est donc ici que cet autodidacte particulièrement doué va se lancer dans l’aventure du vin, avec beaucoup de pragmatisme et d’humilité. Il attendra 4 millésimes avant d’oser mettre son nom sur les étiquettes… Le temps d’approfondir ses connaissances en sillonnant régulièrement les vignobles de France et d’ailleurs, et, surtout, de se forger quelques convictions fortes qui ne le quitteront plus. D’abord, privilégier les cépages locaux, voire les réintroduire lorsque ceux-ci ont malheureusement été oubliés : finis les cinsaults et autres grenaches, place au vermentinu, au bianco gentile ou au genovese en blanc, au sciaccarellu ou carcagholu neru en rouge…
Ce qui compte avant tout pour Yves, c’est l’authenticité de la démarche et des vins : il n’hésite d’ailleurs pas à sortir certaines cuvées de l’appellation Figari lorsque le cahier des charges ne lui permet pas de mettre en avant les cépages auxquels il souhaite redonner vie. Inspiré par les nombreux échanges qu'il entretient avec quelques précurseurs du renouveau de la viticulture corse, comme Christian Imbert et Antoine Arena, Yves va rapidement adopter des méthodes culturales biologiques et une approche résolument axée sur la bio-dynamie. Dès 2002, le domaine est certifié Bio, puis 4 ans après, en bio-dynamie.
Dégustateur averti, observateur hors-pair, véritable « tête chercheuse », Yves ne recule devant rien pour sans cesse affiner son propos et ses méthodes, en particulier dans son approche à la fois précise et toujours très empirique de la vinification et de l’élevage. Un élevage qui doit toujours rester au service d’une expression la plus juste possible de la rencontre d’un terroir et d’un cépage : foudres âgés, fûts, cuves inox, œufs en béton, amphores en argile d’Italie… Tout est fait pour retranscrire au mieux les nuances et la subtilité du style « Canarelli ».
Au fil des années, les blancs du Domaine se sont imposés comme les vins de référence du Sud de l’Ile, par leur précision, la qualité de leurs équilibres et la sensation de pureté et d’élégance qui s’en dégage. Malgré un succès qui ne s'est, depuis, jamais démenti, Yves est bien décidé à ne pas se reposer sur ses lauriers : dernier défi en date, faire revivre, avec son ami le célèbre sommelier Patrick Fioramonti, un vieux clos abandonné sur un plateau calcaire dominant Bonifacio… Pari largement gagné avec ce Tarra Di Sognu (cette "terre de rêve") qui s’inscrit déjà parmi les blancs les plus raffinés et profonds du Bassin Méditerranéen, « le premier grand cru de Corse, sans rival » selon le célèbre guide Bettane & Desseauve !
Après un millésime 2023 que de nombreux vignerons corses considéraient comme « béni des Dieux », avec ses rendements généreux, ses équilibres proches de la perfection et ses qualités aromatiques exceptionnelles, l’année 2024 fut un peu plus difficile à la vigne avec une récolte en baisse de 20% en moyenne par rapport à l’année précédente. Mais, à la différence de nombreux vignobles continentaux, marqués par une saison très arrosée et la pression du mildiou, ici, c’est plutôt la sécheresse qui s'est invitée, en particulier à l’Est et au Sud de l’île. Si les maturités s’annonçaient particulièrement précoces, la situation a évolué à partir du début du mois d’août, avec l’arrivée massive de la cicadelle africaine, cet insecte qui attaque le feuillage de la vigne, entraînant ainsi grillure et blocage des maturités. En outre, la pluie et une certaine fraîcheur sont revenues à partir de mi-août, ralentissant là encore l’évolution des maturités. Si bien que les vendanges, débutées très tôt, se sont ensuite étalées sur une longue période, entre août et septembre. Bonne nouvelle cependant, l’état sanitaire des raisins était très bon, les aromatiques raffinées, fraîches et expressives, et les équilibres sucres-acidités tout à fait satisfaisants, en particulier pour le vermentinu et les cépages blancs.
Les vins, de l’incontournable Figari au déjà mythique Tarra Di Sognu, du côté des grands terroirs calcaires de Bonifacio, se montrent à la fois subtils, expressifs et d’ores et déjà parfaitement en place. Très confortables en bouche, ils sont gorgés d’un fruit pulpeux, dynamique, et portés en avant par l’énergie sapide et épicée des sols et des parfums du maquis. Cerise sur le gâteau : s’ils possèdent un indéniable potentiel de garde, ils offrent cette année un profil hédoniste, friand, qui les rend parfaitement prêts à être bus dans leur jeunesse.
La succession récente de millésimes au firmament a valu à Yves d’être honoré, en 2021, d’une troisième étoile dans le guide de la Revue du Vin de France : une récompense rare et amplement méritée, que seul deux autres vignerons Corses partagent avec lui, Jean-Charles Abbatucci et, désormais, Manu Venturi. La Corse, en vrai, la Corse, en grand !
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