Trévallon, c’est avant tout l’histoire passionnante d’un homme libre, d’un franc-tireur inspiré et créatif, allergique au compromis et à la compromission, d’un homme qui a cru, souvent seul contre tous, au formidable potentiel viticole de ces collines arides et rocailleuses du Nord des Alpilles. Cet homme, c’est Eloi Dürrbach, fondateur de ce domaine unique, devenu en 40 ans la référence absolue et une véritable légende en Provence.
Fils d’un couple d’artistes célèbres, peintre et sculpteur côté paternel, tapissière d’art côté maternel (c’est d’ailleurs avec le fruit de la vente à Nelson Rockfeller d’un tissage spectaculaire de Guernica que les Dürrbach ont pu acquérir ce qui allait par la suite devenir le Domaine de Trévallon), Eloi côtoie, enfant, les amis de la famille, Picasso, Delaunay et autre Léger. C’est peut-être de cette période que lui vient l’envie de créer, à partir d’une page blanche, et ce désir inextinguible de liberté qui l’animera tout au long de sa vie. Jeune étudiant, Eloi se destinait à devenir architecte. Mais très vite, il ne se sent pas adapté à la vie parisienne et comprend que ce métier ne lui permettra pas d’assouvir pleinement sa soif de grands espaces. Natif de Cavalaire, Eloi sait d'instinct que la Provence et la Méditerranée coulent dans ses veines. Il décide alors de se lancer dans un pari fou : faire du vin, dans ces terres familiales achetées par ses parents dans les Alpilles, des terres totalement sauvages, extrêmement rocailleuses, où blocs de calcaires et marnes bleues se sont accumulés au fil de l’érosion du massif, où rien ne pousse à part le thym sauvage et quelques autres petites plantes de garrigue…
C’était en 1973, point de départ d’une période de travaux titanesques qui ont pour ambition d’intégrer la vigne dans ce paysage grandiose mais hostile : des années passées à casser les rochers à la masse, à modifier la pente de la colline afin de littéralement sculpter quelques parcelles au milieu des bois de chêne vert et des trois vallons. Autodidacte, dégustateur hors-pair et grand lecteur, c’est aussi dans les livres qu’Eloi a trouvé quelques clés de ce qui a fait son originalité et son succès, en particulier dans la somme de Jules Guyot, étudiant les vignobles de France à la fin du 19ème siècle. C’est ainsi qu’Eloi décide d’associer massivement le cabernet-sauvignon (largement représenté en Provence avant la crise phylloxérique mais beaucoup moins utilisé depuis) à la traditionnelle syrah. Plus tard, lorsqu’il crée son blanc au début des années 1990, il n’hésitera pas à faire la part belle aux cépages rhodaniens roussanne et marsanne, tout en y associant du chardonnay…
L’appellation Baux de Provence ne veut pas de lui ("impensable", selon elle, d'autoriser le cabernet-sauvignon dans l’encépagement) alors qu’il a largement contribué à sa notoriété ? Peu importe ! Il en faut plus pour arrêter ce vigneron littéralement habité par sa vigne et ce sens intuitif et empirique du bon et du grand vin. Encensé dès ses premiers millésimes à la fin des années 1970 et au début des années 1980 par des gens aussi influents qu’Aubert de Villaine du Domaine de la Romanée-Conti, l’importateur américain Kermit Lynch ou encore Robert Parker qui y a rapidement vu « la plus grande découverte de sa vie », Eloi Dürrbach a hissé Trévallon au rang des grandes légendes du vin.
En novembre 2021, nous apprenions la disparition brutale de cette figure iconique et inspirante, un des vignerons les plus célèbres et respectés non seulement en France, mais partout sur la planète vin. Depuis quelques années, il avait commencé à prendre du recul, passant progressivement le flambeau à l’une de ses deux filles, Ostiane, et son fils, Antoine, qui continuent à expérimenter et à chercher, tant à la vigne qu’au chai, l’expression la plus juste du fruit, du terroir et du millésime. Aujourd’hui, charge à la nouvelle génération de faire vivre et prolonger la légende de Trévallon, ces vignes nichées au milieu des bois, des oliviers et de la garrigue, ce véritable éco-système, cet îlot de nature sereine et préservée qu’ils ont appris à chérir dès leur plus tendre enfance. Pour cela, ils peuvent compter sur une équipe fidèle et très soudée autour de la famille, à commencer par Jean-Luc, le chef de culture présent depuis plus de 30 ans, et Aimeric, le maître de chai, à la cave depuis 15 ans.
De son côté, Antoine a travaillé plus de 20 ans au côté de son père, tout en allant régulièrement se former auprès de quelques amis de la famille comme Laurent Vaillé de la Grange des Pères (qui s’était lui-même formé auprès d’Eloi avant de s'installer dans son fief d'Aniane), Jean-Louis Chave du côté de l'Hermitage ou Jean-François Coche-Dury à Meursault… Excusez du peu. Quant à Ostiane, voilà 15 ans déjà qu’elle est revenue au Domaine, après un passage dans un domaine viticole et oléicole des Alpilles. Si elle se consacrait, dans un premier temps, à la vente et à l’administratif, elle a ensuite repris des études viti-oeno et s’est pleinement investie dans son métier de vigneronne. D’emblée, son goût l’a portée vers le travail de la vigne, vers l’observation minutieuse de chaque pied. Ebourgeonner, palisser, effeuiller, « ça l’éclate », comme elle dit. Régénérer progressivement le vignoble également, afin d’assurer un avenir radieux pour ce joyau des Alpilles. C’est ainsi qu’Ostiane et ses équipes complantent régulièrement de nouvelles sélections massales élaborées avec l’aide précieuse du pépiniériste Lilian Bérillon. Progressivement, elle s’est de plus en plus investie à la cave, apprenant surtout en écoutant et en regardant faire son père. « Il me disait de venir avec lui et j’observais. C’était sa façon de transmettre, sans que je en aie conscience », confesse-t-elle.
Ces dernières années, Ostiane a su faire évoluer le style maison par petites touches. Pour le blanc en particulier, elle avait déjà convaincu son père de diminuer la part de bois neuf, puis de moins bâtonner afin de ne pas surjouer la richesse de texture et de moins soutirer, et enfin, d’intégrer une proportion non négligeable de contenants plus grands, des demi-muids surtout, complétés aujourd’hui d'amphores en terre cuite. Autre nouveauté, inaugurée avec le millésime 2022, l'enrichissement de l’assemblage du rare Blanc de Trévallon avec un sixième cépage, à dose homéopathique pour le moment : le muscat blanc à petits grains, issu d’une toute petite parcelle assez précoce, vendangée en premier. Il contribue à complexifier encore la palette aromatique unique de Trévallon. Ici, l’histoire s’écrit au présent pour le plus grand bonheur des inconditionnels de ce Domaine de légende.
L’année 2023 s’inscrit dans la continuité de 2022, avec une météo dominée par de longues périodes de sécheresse, des températures élevées et, globalement, des rendements malheureusement très faibles. La pluviométrie fut même inférieure à celle de l’année précédente, avec un cumul de 296 mm sur l’ensemble de la saison, quand la normale devrait être à 600 mm au moins. Un déficit hydrique qui a contribué à diminuer les rendements : les peaux sont restées épaisses et les raisins petits. Au moment de la récolte, les baies affichaient cependant de beaux équilibres, avec des aromatiques expressives, de bonnes concentrations pulpeuses et des acidités préservées.
Au final, on retrouve sur ce rarissime et voluptueux millésime 2023 le triptyque « signature » des blancs de Trévallon : intensité et complexité aromatique, densité de texture et vibration minérale. Il déploie dans le verre une envergure unique. Voici le blanc iconique pour toute une région, et bien au-delà.
Attention rareté absolue : afin de satisfaire un maximum d'entre vous, nous limitons le nombre de bouteille achetable à 1 bouteille ou 1 magnum par foyer. Comptant sur votre compréhension.
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